Nous, les quadras (I)

Il y a quelques jours, une amie en butte à des problèmes relationnels avec son ami quadra me disait « vous êtes compliqués ! », faisant ého sans le savoir au « les hommes dans la quarantaine sont comme les mots croisés du supplément du dimanche : complexes, insolubles, et on n’est jamais sûres d’avoir la bonne réponse » pompé par une relation commune dans « Sex and the city » (oui, pas ma tasse de thé la téloche, mais bon, c’est comme ça).

Je lui répondis qu’elle n’avait rien compris à rien, et que si elle prenait la peine de se placer dans la perspective d’un quadra divorcé ayant des enfants et professionnellement accompli – le cas de « son homme » et du mien, ce sont au contraire les femmes qui n’en sont pas encore là qui apparaissent complexes, pour ne pas écrire « chiantes », pour en être encore au stade de chercher l’homme de leur vie pour leurs propres réalisations. Tellement complexes qu’elles ne comprennent pas que le quadra – et non la quadrature de leur cercle à elles – est simple ou le devient… et que c’est lui qui n’a ni le temps ni la nécessité de percer l’insoutenable complexité de la femme qui court après lui pour la rassurer matin, midi et soir sur son amour pour elle – donc sur elle, dès lors qu’il lui fait « l’honneur » d’en faire sa compagne d’une vie déjà bien remplie.

Aïe, mes rares lectrices devraient être choquées à ce stade. Quelques explications s’imposent donc.

Qu’est-ce que ça veut un quadra qui a vécu ? S’il à des enfants d’un premier mariage, il a d’ores et déjà rempli sa fonction reptilienne première: il a rencontré la mère de ses enfants – femme de sa vie avant la suivante – et a procréé. Ayant rempli ainsi la fonction que lui assigne Dame Nature (car à quoi sert-on autrement ???), et s’étant de plus conformé à l’inconscient collectif judéo-chrétien exigeant qu’il soit pater familias dans une société patriarcale en se mariant, il n’a plus BESOIN de se re-marier et de faire de nouveaux gniards. Il peut en avoir ENVIE si on la lui donne, ce qui n’est franchement pas la même chose.

C’est toute la différence entre l’envie de boire un coup et le besoin de pisser un coup sans pouvoir le faire. L’envie peut-être subite ou réfléchie, certes, toujours généreuse, mais elle n’a rien du besoin vital auto-centré qui obsède, taraude, mine celui qui l’a. Or le quadra accompli se découvre à un moment donné soulagé de ses angoisses existentielles initiales (il en découvre d’autres, mais moins stressantes), parce qu’il a enfin vidé sa vessie, en général après s’être séparé de la mère de ses enfants, au plus tard en se séparant de la conquête dans laquelle il a fuit son mariage sans comprende, ou de celle qu’elle lui fut immédiatement postérieure sans avoir pris le temps de réfléchir entre deux. Il a joué son rôle de mâle, il peut enfin se laisser aller, et faire tout ce que sa maman lui interdisait, aller ou bon lui semble sans en référer à personne, voire même regarder téléfoot à oualpé s’il le désire (moi j’préfère le rugby, et pas forcément en tenue d’Adam – quoique… si pas seul, j’dis pas non si je me réfère à quelques souvenirs émouvants… tiens, il m’en reste !!!), car il ne recherche plus sa maman justement, n’en déplaise au gosse toujours en lui qui geint encore un peu le temps de grandir.

Bref, il n’est pas un adolescent attardé. Il se découvre adolescent tout court, mais l’acné et les illusions en moins, ce qui lui permet de s’envoyer en l’air dans la joie et la bonne humeur et non avec le bout de sa quéquète (qui explique une éjac’ rapide) et de redécouvrir la vie en cessant de penser aux lendemains qui déchantent car ils sont du passé, justement.  J’en sais quelque chose pour avoir continué à ressentir ce « besoin » né de la peur du vide, même après avoir rempli ma fonction phallico-sociétale: ça bouffe. M’en étant libéré ces derniers mois, nonobstant l’enfant qui pleure pendant que l’adulte vit sa vie de quadra, je peux vous dire quel soulagement l’on ressent à se dire soudainement que l’on a un bilan et qu’on a plus qu’à se laisser aller en « roue libre » jusqu’à la fin, au pire, serein car doté du sentiment du « devoir naturel » accompli. Plus de pression, car ergo sum (et DONC cogito, mais autrement)!

Bref, envie contre besoin, c’est toute la différence qu’il peut y avoir entre, d’une part, re-gravir l’Everest avec des potes pour rire et s’arrêter tous les  10 mètres pour se taper un vin chaud – ou une fuck friend ayant vécu pour se la taper elle – avant de repartir pépère, parce qu’on s’est quand même bien fendu la poire, et, d’autre part, de devoir absolument gravir seul ladite montagne pour se sentir enfin homme, survivre au sommet, avant de redescendre darre-darre car ça caille, pour retrouver la plaine avant de recommencer à son aise, mais pour le plaisir cette fois. Dans le premier cas la seconde ascension est celle qui vous mène tranquillement jusqu’à votre mort – donc on prend son temps, on flâne, on musarde, on prend les lacets les plus larges: y’a pas l’feu ! Dans le second cas, c’est une première ascension qui vous permet d’exister, enfin: on fonce tout droit car on est à la bourre devant le temps qui passe et la pression familiale et sociétale (s’accomplir), et on s’crève.

Alors le quadra soulagé, qui ne se bouffe plus tout seul en songeant à son destin, et bien ça le bouffe que d’avoir en face de lui une femme qui est explicitement ou comportementalement obsédée par ça, en quête de son propre accomplissement vital via un Prince Charmant qui doit lui déclarer tous les jours son amour et ne vivre que pour elle et à travers elle, à qui « la société (même libérale et égalitaire) a dit » qu’elle doit avoir un homme dans sa vie sous peine d’être considérée lesbienne ou vieille fille acariatre, en ce compris mais pas exclusivement ni nécessairement le besoin de maternité because l’horloge biologique qui fait tic-tac. Bref, a priori, ça ne peut pas coller et donc il n’y a pas de raison que ça se rencontre: ce sont deux mondes à part.

Mais voilà, pas d’bol, le quadra ayant déjà vécu offre – même quand il s’ignore encore comme tel et se croit toujours gamin –  certaines garanties de maturité et de stabilité préférable à celle d’un adolescent qui n’a pas encore gravi son Everest. Il est donc tentant d’aller chercher chez lui cet accomplissement: puisqu’il en a l’expérience, il pourra plus facilement l’offrir et servir de guide de montagne; et comme il ne dit jamais « non » (pourquoi le ferait-il s’il y trouve du plaisir ???), l’offre et la demande, envies et besoins, peuvent donc se rencontrer finalement. Formidable ! Mais le problème reste entier : il y a potentiellement un désaccord sur le prix de la course, l’un voulant foncer – et réduire ses coûts, l’autre ayant le temps pour lui car le plaisir prime sur l’effort – et puis c’est quand même pas lui qui doit payer le prix de son labeur en plus !

Ca le bouffe d’autant plus le quadra que, bien ou mal, son vécu qui attire est en même temps son bouclier contre qui le convoite. S’il a mal vécu ses premiers amours, si la mère de ses enfants – donc sa mère de substitution – l’a lourdé lui, qui plus est en le cornifiant (« maman m’a trahis !!!! »), sa méfiance envers la gente féminine le rendra encore plus distant, voire même contraire par principe à exprimer des envies qui colleraient aux besoins de la femme qui lui court après. Il ne veut pas risquer de replonger dans certains affres. Il faut le temps qu’il digère, à moins qu’il ne soit en quête d’une troisième femme – donc de trouver enfin la femme de sa vie qu’il pourra lourder lui, à son tour, plus tard.

Si par contre il réalise finalement qu’il a bien vécu, s’il est parti sans être cornu tout en se disant néanmoins qu’il a été rejeté pour justifier sa faillibilité sociale au concept du pater familias, il peut accepter d’enmener quelqu’un en course s’il y trouve son compte de bonheurs simples au quotidien – ce qui exclut dès lors tout prix prenant la forne de maniaqueries déplacées sur les choses et les objets qui rassurent l’angoissée: la PAIIIIIIIIIIIIIX quoi !!! Bref, il peut dire oui à une vie commune, aux enfants nouveaux le cas échéant, voire même au re-mariage, dès lors que ça ne l’empêche pas de vivre ses envies trop longtemps refoulées pour s’accomplir personnellement, en adulte qu’il est devenu et non en fils adolescent à papa-maman qui doit reproduire ou singer le modèle immémorial.

Mais il peut dès lors aussi dire NON sans se sentir nul ou seul: il a un bilan, justement, contrairement à vous Mesdames qui n’auriez que des besoins, et il n’a dès lors strictement aucun problème pour se passer de la femme de sa vie – si tant est que ce concept ait réellement un sens – puisqu’il a rencontré la mère de ses enfants qui restera la femme de sa vie tant qu’il ne la remplacera pas – donc réglé son oedipe en s’en séparant car il a enterré du même coup sa mère; et il a de plus des enfants qui lui donnent de l’amour whatever et en qui il peut investir une bonne partie de ses émotions. Bref, il réalise qu’il n’a ni besoin d’une troisième maman, ni envie de remplacer le père de sa compagne (la définition du Prince Charmant finalement, à qui papa donne sa « fi-fille » devant l’autel) car il est déjà père, justement, et qu’il a assez de ses moutards à surveiller. Il veut une relation d’adulte, même s’il peut parler et vouloir de l’amour.

Il pourra même refuser la plus « super-nana », la « bombe » absolue (encore plus fastoche si vous ne l’êtes pas, même s’il ne le voit pas tout de suite: l’amour peut rendre aveugle) s’il est bien de sa personne – en général on s’améliore avec l’âge de ce point de vue semble-t-il; et puis le quadra attire, étrangement… – et dispose d’une situation professionnelle le mettant à l’abri: il peut sans risque aucun lui préférer une simple compagne, et en changer en tant que de besoin, pour simplement être bien, sans élément maniaco-négatif chiant pour le perturber à touit bout de champs comme sa mère et son ex-femme, pour vivre bien ces 10% en plus à conquérir qui lui assureront un quotidien agréable, amusant, sans histoire ni angoisses – du moins lorsque la garde alternée lui laisse sa semaine ou son week-end de libre. Attention, c’est pas que l’amour éternel d’entrée n’existe pas: il se trouve que lui, puisqu’il a divorcé, ne l’a pas trouvé et donc n’y croit finalement plus même s’il ne dira pas non s’il se présente pendant sa seconde ascension. Il ne le cherche plus car il a autre chose à faire: vivre. Nuance de taille.

Bref, c’est simple comme bonjour. Envies et besoins, ce n’est pas la même chose. Même si ça touche au même sujet, qui a des envies ne regarde pas les choses comme qui a des besoins.

Alors oui, oui, j’vous vois v’nir. Oulala me direz-vous, à lire ton blog on n’a quand même pas l’impression que ce soit si simple, si tranché, si immédiat. Relis-toi crétin, avec tes affres de gosse qui crie après sa mère pour des queues de cerise ! Mais je vous le confirme cher(e)s ami(e)s: ça ne l’est pas, selon que votre masculinité est forte ou non (la mienne est faible vu l’absence de père) et que l’enfant qui sommeille en vous est dès lors au contraire faible ou non. Pas simple, pas aussi tranché, et long à la détente. Je vous le confirme: j’en suis effectivement la preuve vivante !

Mais irrémédiablement, c’est ça ce que devient un quadra de ce type, même s’il ne le comprend et ne le met en pratique que très lentement – m’aura fallu plus d’un an pour y voir clair, voire même plus peut-être, mais j’y suis enfin, et bien.

Que faire alors ? La solution dans « Nous, les quadras (II) », voire (III) selon l’humeur du jour. Là j’ai pas le temps.

Parce que je dois rejoindre mes filles, les vraies, celles qui ont besoin du « papa » qui les rassure à chaque fois sur le fait qu’il les aime et qu’elles en valent la peine, même si elles ont pas l’âge de conduire une auto et en sont encore à apprendre à faire du vélo.

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Bon dimanche !

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~ par nrs sur 2 septembre 2007.

7 Réponses to “Nous, les quadras (I)”

  1. « Vingt Ans Après »
    Alexandre Dumas (lecture conseillée)

    « 20 ans après »
    P. (lecture déconseillée)
    « Les femmes, c’est comme la rhubarbe: ça fait chier. »
    (mais on en fait de très bonnes confitures)

    :o)

  2. Tant que c’est pas « Le Vicomte de Bragelone » !!! Car c’est quiche de chez quiche !!!

    J’t’embrasse, mon P.

  3. Hmmm hmmmm, puis je un commentaire ?

    Un commentaire … pas trés sympa ? …..

    On va récapituler svp. Donc, on prend l’homme à « passé 20 ans », pour simplifier, n’est ce pas.
    Alors, lui, on évite d’emblée, parce qu’il cherche une maman (je confirme, c’est terrible !).
    Celui de 30 va nous faire quelques gosses puis s’envoler peu de temps après (je confirme aussi).
    Bon, celui de 40 va nous prendre, nous jeter, au gré des ses envies, ou par peur qu’on l’em …. (aie aie aie , je confirme encore)
    Euh … on attend quel âge pour choisir l’homme ? hmmm ????

    Dites donc les mecs, y’a pas un problème ???

    Ou alors, on redéfinit tout. On dit stop et on explique à nos chérubins qu’il faut vivre seul et utiliser ses fonctions primaires juste pour le plaisir … (évitons de faire souffrir ceux que l’on engendre non ?)

    Evidemment que le prince charmant n’existe pas, ça se saurait non ?
    Donc, on commence par ranger les livres de contes de nos enfants (surtout pour les filles d’ailleurs) et on raconte des histoies vraies !

    Le bilan est accablant, je suis ravie, pour ma part, d’avoir des fils, et non des filles !
    Allez, je suis sûre (enfin, j’espère pour vous), que vous reverrez votre copie dans … 5 ou 6 ans.

    Je vais décidemment vous dédicacer un billet ! ha mais !

    Pomme

  4. Mmmm… on s’est mal compris.
    Je n’ai pas écrit que le quadra va vous jeter. J’ai simplement indiqué – et votre commentaire à ma deuxième entrée sur les quadras y fait écho – que le quadra ayant dépassé un certain stade, ayant pris conscience qu’il fut gamin, ayant pris conscience qu’il fut d’aileurs très con, n’est plus le bon choix pour une femme qui en serait encore à chercher un prince charmant à ses pieds. Le quadra cherche son ALTER-EGO, pas une fifille qui cherche le papa qu’elle fera tourner sur sa tête avec ses caprices.
    Tel n’est effectivement pas votre cas – je me réfère à votre autre commentaire. Mais disons que c’était celui d’autres personnes ayant croisé ma vie ;op.
    Nick

  5. Mais oui ! les femmes préférent les hommes, les vrais ! (enfin les quadras féminines), ceux qui nous regardent comme des femmes, non comme des mamans ! on va y arriver ! si si, j’en suis sûre.

    « il peut sans risque aucun lui préférer une simple compagne, et en changer en tant que de besoin », ça, c’est vous qui l’avez écrit !

    N’empêche que je vous souhaite quand même que ça marche « aussi » avec une trentenaire !

    Pomme

  6. Chère Pomme,

    Oui, il changera facilement de compagne… parce qu’il ne cherche plus sa maman, tout simplemengt. Alors passer à autre chose est effectivement sans risque, sans sentiment d’abandon… ce qui affecte sa faculté de patience, facukté par aioleurs réduite du fait que l’âge avance et qu’on a mieux à faire que de gâcher les quelques belles années qui restent !

    Et donc confronté à une « chieuse » et à ses caprices, le quadra passera facilement à autre chose, parce qu’il a appris à dire NON. Vous-même, « quadrate », accepteriez vous un gars se prenant pour votre fils et vous imposant ses caprices denfant pré-pubère ? Non: nous disons donc la même chose.

    En résumé, je ne visais donc pas TOUTES les femmes dans mes entrées. Je ne visais que celles des femmes qui courent après un quadra mais qui ne comprennent pas que la disparition de ses angoisses de bébé en font un être INDEPENDANT, qui n’hésitera pas à préférer une femme à une fille capricieuse – à moins que la capricieuse ait plus d’une corde à son arc: voire mon IVème article sur les quadras.
    Nick

  7. Cher Nick,

    J’adore l’idée que vous allez faire naitre des angoisses terribles chez les femmes qui ne sauront décidemment plus comment se comporter face à la détermination de l’homme … pas encore amoureux ! héhé

    Pomme

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