Nous, les quadras (II)

miroir.jpg(Si tu n’as pas lu « Nous, les quadras (I)« , ça ne sert à rien. Repars en arrière, comme au jeu de l’oie !) 

Ce matin, je suis tombé sur un de mes lecteurs/lectrices anonymes, de ceux qui ne laissent pas de traces de leur passage car ils ne sont pas supposés connaître l’existence de mon dérivatif (à prétentions) littéraire: mon blog, et donc les détails plus ou moins croustillants de ma vie. Mais quelques fois, par lapsus ou parce que la tentation est trop forte, voire par compassion devant certaines choses assez dég’ qui me sont tombées dessus depuis le début de l’année (et ça jazze au bureau), ils ne peuvent s’empêcher de lâcher le morceau, le tout précédé de « par hasard, chuis tombé sur ton blog, là – tu d’vrais pas écrire tout ça, si ça’s’sait tu vas passer pour un « cornuto » con; mais bon, donc, ben com’j’m’ennuyais, j’ai lu un peu; et y’a un truc…« . Et c’est parti mon kiki !!!

Alors, pour simplifier, disons que mon lecteur/lectrice fortuit du jour, tamponné au détour d’un couloir , m’a dit ceci (une fois son message recomposé) : » Hé, à t’entendre, un quadra comme toi deviendrait égoïste et n’aurait pas d’âme, n’aurait plus d’autre but dans la vie que de péter dans l’eau de son bain et faire des bubulles comme quand il était gosse, et prendrait les femmes pour des moins que rien qui devraient le suivre dans ses errements – ce qui explique que t’ais eu des cornes finalement« .

Ce n’est pas ce que j’ai écrit… D’abord, j’ai eu des cornes physiques ou en pensés anticipatrices de quelques minutes/heures/journées – quelle différence ??? – avant largage-mutualisé (faisons simple…), mais surtout avant d’arriver pleinement à ma quadrature du cercle à moi, c’est à dire à la perception de mon état de quadra ayant conquis son Everest (gloire, famille, enfants) tout seul. Bref, c’est le gosse qui a été corniflé, pas le quadra. Le premier s’en plaint, le second s’en fout finalement comme de l’an 40 – en ce compris de la cornifleuse compulsive dans sa fuite, pour éviter de ruminer de mépris: j’ai mieux, parce que déjà je le suis moi dans ma « quadrature »; et puis oui, « à toute chose malheur est (sans doute) bon » comme dirait ma tante.

Ensuite ? Ben oui, le quadra a toujours des angoisses existentielles, bien entendu. Moi itou. Mais ce ne sont plus les mêmes: il ne s’agit plus pour lui de se reproduire, de fonder une famille et de réussir socialement pour protéger celle-ci, en bref de se farcir l’Everest sans le sherpa Tensing (ou Tenzing Norgay). C’est fait, papa/maman sont fiers, et il est reconnu dans son « milieu » avec un nouveau titre bien ronflant et une fiche de paye de type « les 5% de français les mieux payés » selon l’INSEE post-trucages à la Villepin-Borloo, ce qui satisfait pleinement son égo. Que lui reste-t-il donc à faire ? Attendre la retraite puis la mort, sans bouger, dans l’train-train ? Ben non, car alors il se recrérait de nouvelles angoisses de type « où vais-je, où courge, dans quelle étagère » dont il n’a franchement que faire.

Car le quadra n’est pas comme un lion. Le lion, mais si, vous savez, le grand fauve, le roi des animaux, dont la vie se résume à se constituer un harem, profiter de ses lionnes, faire des gamins, se repaître sexuellement et gastronomiquement, bailler au soleil naissant ou couchant… et c’est tout ! Le Roi fainéant, avant les Mérovingiens. Car qui torche les marmots ? Les lionnes. Qui fait la tambouille en chassant la gazelle ou le zébu fourbu ? Les liones itou, le lion n’arrivant qu’une fois la table mise pour s’empiffrer, et en premier qui plus est. Avec une vie réduite à ça, qui se répète inlassablement au fil du temps qui passe, et bien il est effectivement dans la mouise lorsqu’il se fait défier par un jeune plus couillu qui le défait et l’exile. Son présent et son futur n’étant que la reproduction permanente de son passé, il est ‘ach’ment mal si celui-ci disparaît. Car non seulement son passé lui est enlevé – et le futur avec donc,  mais en plus il est même complètement effacé, comme dans 1984 :  il ne reste rien de son passage, le jeunôt agissant comme le « Ministère de la Vérité » décrit par Orwell en allant même jusqu’à liquider la progéniture restante de l’ancien, du moins celle qui tète encore, pour « libérer » les liones de quelques unes de leurs obligations (doivent quand même chasser, hein ?) et jouir ainsi de leurs croupes à son tour pour se reproduire sans qu’elle ne songent à protester – seule raison pour laquelle il a d’ailleurs défié le vieux, répétant ainsi l’histoire façon Vico (le philosophe italien, pas de le roi de la patate).

Le vieux lion, édenté et fatigué car plus personne ne chasse pour lui – il se contente de cadavres, disparaît pour mourir, seul, sans même un lionceau pour le pleurer: il n’essaye même pas de se trouver un autre harem ou d’en reconstituer un. Son rôle est en fait fini depuis qu’il a constitué le premier: il n’attendait que de sortir de scène, en jouissant dans l’acquis de celui-ci et de rien d’autre, et sans autre perspective. Bye-bye past ? So no future whatsoever !

Et bien le quadra, ce n’est pas ça du tout, mais alors pas du tout du tout ! On ne le chasse pas en le menant à la mort: il change, car il réalise qu’il lui reste 30 à 40 années à se farcir une fois son rôle phallico-sociétal rempli. Et ça gamberge sec à partir de ce moment là – d’où la fameuse « crise de la quarantaine », où il se mue en explorateur « d’autre chose » même s’il ne sait pas ce que c’est.

Soit il trouve alors DANS sa famille un équilibre, parce qu’il est justement conscient qu’il doit passer à autre chose et se voit autoriser à les faire toutes, ou presque, selon les valeurs du couple; soit, resté inconscient, il continue sa quête de ce qu’il a pourtant déjà (sa maman mère de ses enfants, la gloire professionnelle), quitte/détruit donc sa famille pour une autre « maman », d’un harem à l’autre, et devient finalement comme un écureuil en cage galopant dans une roue, jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue, que la lumière se fasse danbs son cerveau et qu’il passe à autre chose, à son tour, enfin. Et même s’il a finalement été chassé/remplacé avant terme par un ado attardé mieux disant sur tel ou tel plan, il n’en demeure pas moins qu’il est devenu adulte (il ne le réaslisera plus tardivement, une fois la rage passée), avec son bilan; et  il a la vie accomplie d’un adulte en tant que bilan pour vivre celle qui est devant lui, la nouvelle avec ses plaisirs multiples et variés, sans les angoisses d’hier qu’il a vaincu. Il ne régresse pas: il progresse, dans tous les cas de figure, en gardant le lien avec les éléments positifs de son passé (son ex-maman de substitution, et ses enfants qui se lamenteront à sa mort) – sans le fuir donc, et le regard porté vers le futur.

Alors c’est quoi alors cet « autre chose » que le quadra doit et veut vivre enfin ? C’est quoi cette seconde ascension de l’Everest en musardant ? Ben oui, c’est ça qui n’est pas simple à définir, parce que justement c’est l’inconnu qui dirige au gré des rencontres (lieux, gens, choses) que l’on fera tout au long de l’ascension, selon les ENVIES – et non les BESOINS – de l’instant. Qui sait ce qu’il y a au détour de tel ou tel lacet de montagne ? Vous le savez vous ? Moi pas, je n’en sais fichtre rien, nada, oualou, nitchevo, nothing, niente ! Cet « autre chose » donc, et bien c’est peut-être tout simplement aller au devant de ça, et donc rejeter a priori – je dis bien a priori – tout engagement autre que ceux issus du passé (car il s’agit là de tenir sa parole et d’en assumer les conséquences, car on est un homme, quand même) qui contraindrait, voire empêcherait de faire mêmes les choses plus stupides que l’on a envie de faire.

De la légèreté dans la simplicité, quoi, sans prise de tête inutile parce qu’on a déjà donné – et même beaucoup voire trop lors de la première acsension, et que les engagements du passé sont suffisants pour ne pas en rajouter de déplaisants. L’inconnu devant ne fait plus peur, ce n’est pas le  néant, c’est riche et plein. Et le quadra a envie de profiter de ce qu’il a accompli, sur cette base, en hédoniste convaincu – ce qui est le contraire du libertinage suicidaire de ceux qui n’ont pas encore réussi leur première ascension à force de régulièrement dévisser, et fuient devant elle malgré leurs discours bravaches.

Est-ce à dire que l’on deviendrait un égoïste fini et complet, avare, et qui ne verrait dans les autres que des outils dont on se débarrasse quand ils ont servi, et sans ménagement – voire pire ? Non: ça c’est du cynisme, c’est à dire un « égoïsme scolaire » donc,  de « récréation », inconscient et inconséquent, une forme de protection contre ses propres angoisses qui consiste à faire mal aux autres pour éviter d’avoir mal soi-même, par transfert. Je parle moi d’un égoïsme assumé, qui ne se construit par contre les autres, pour soi et ses envies, certes, mais généreux et accueillant même si tel n’est pas son but premier, qui peut donc se partager pour une période courte ou longue.

Mais il faut que l’autre entre dans ce monde nouveau de lui-même, et ne prétende pas décider de son contenu, voire le critiquer, voire même le fracasser pour en construire un autre « à deux » et  ex-nihilo, qui collerait avant tout plus à la « reconnaissance » qu’elle attend pour elle-même et ne répondrait donc qu’à ses angoisses: OR le fait qu’il vous laisse y entrer doit suffire à vous rassurer sur votre importance.  Enorme ! Mais cela n’enlève rien au refus viscéral du quadra de se voir confronter à ces choses négatives et chiantes que vous incarneriez faute de le comprendre: encore une fois, il a déjà donné dans le style « j’fais tout pour elle » et ne le redonnera pas s’il ne recherche pas une nouvelle fois « maman ». Au mieux il peut donc faire évoluer son monde  s’il y trouve son compte, lentement ou non, vers un monde qui peut être commun, mais sans rapport avec les standard phallico-sociétal dont il s’est détaché (papa et bobonne, si vous préférez). C’est comme ça.

Alors il est clair, Mesdames, que si vous souhaitez vous incruster dans la vie d’un tel quadra comme une moule sur un rocher, mais pour ensuite le forcer à migrer du jour au lendemain vers vos positions, il y a potentiellement un problème – et même un sacré. Il ne va pas refaire sa première ascension pour vous: il ne peut que vous proposer de faire la seconde AVEC lui, ce qui n’est pas la même chose, et ce à condition que vous respectiez son rythme de marche, ses envies. Que vous ajoutiez des choses aux siennes, et non que vous prétendiez nier les siennes. Est-ce à dire que vos besoins resteraient alors inassouvis ? Non, si vous savez les exprimer autrement, c’est à dire les transformer en des comportements et/ou des expressions qui lui font ENVIE. Ne l’enmerdez pas pas avec vos angoisses existantielles, non qu’il s’en fiche mais simplement parce qu’il n’est plus bon public pour avoir réglé les siennes: il est delà de celles-ci. Donnez lui plutôt envie de vous ouvrir son monde et de le rendre meilleur… ou alors dévissez une nouvelle fois et allez voir ailleurs, chez un autre quadra qui passe ou un ado qui continue à rôder dans la plaine en quête de sa nouvelle Dulcinée.

Vous ne voyez pas la différence ? Vous comprendrez mieux dans … miroir.jpg« Nous, les quadras (III) », un de ces jours, quand j’s’rai au calme: là j’viens de changer de bureau et je dois réorganiser mon working space; et en plus je dois courir au Consulat pour un nouveau passeport me permettant d’aller au soleil du Caire; et puis j’ai du mal à digérer mon déjeuner…. Ca arrive, from time to time, même à un quadra comme moi.

Normal: je débutte dans c’te business !

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~ par nrs sur 3 septembre 2007.

4 Réponses to “Nous, les quadras (II)”

  1. Tsssss
    Vous avez une bien vilaine image de la femme quadra mon cher Nick !
    Croyez vous vraiment qu’elles aient TOUTES des angoisses existantielles ?
    C’est surprenant le monde vu par les yeux des hommes.
    Sachez néanmoins, ne vous en déplaise, que nous les femmes quadra, on pense exactement la même chose : on a envie de vivre et non de porter le petit garçon qui est en vous !
    Notre rôle de maman, on l’a accomplit, c’est bon.

    J’y vais de ma petite confidence :

    sachez qu’une femme à la quarantaine est celle qui devrait le mieux convenir à un homme.
    Elle a accomplit son devoir de femme en engendrant sa descendance et alors, ho merveille !, son corps lui est réservé. Waouh !
    Libérée de ce devoir, et de bien d’autres d’ailleurs (car normalement, tout roule pour elle à d’autres niveaux), elle peut se « donner » et vivre POUR le plaisir !

    Alors, la vie de couple, vous pensez bien, elle la conçoit bien différemment de votre description !
    (bon ok, je parle en mon nom, mais j’avoue encore un truc et puis après, c’est tout : on parle entre femmes ! héhé)

    Pomme

  2. Chère Pomme,

    Je ne parlais pas ici de la femme quadra, c’est à dire de celle que vous décrivez et qui a aussi passé un certain cap: je parle des autres qui n’ont toujours pas atteint ledit cap, et qui sont encore à la recherche du prince charmant qu’elles admirent… le temps l’amener à leurs pieds capricieux, leur « papa » qui se mettra en quatre. Au contraire d’elles, la « quadrate » (?!) est comme le quadra: elle cherche son alter-ego. L’adulte – enfin !
    La « quadrate » est-elle ce qui convient le mieux au quadra ? Peut-être, sans doute même puisqu’arrivée au même stade que lui. Mais j’avoue – à ma grande joie – que mon expérience de ces derniers mois me laisse à penser qu’il est aussi des trentenaires conscientes de ce qu’est un quadra et donc de ses limites, et qui acceptent l’environnement dans lequel il se meût, dès lors qu’elle souhaitent l’accompagner dans sa route finale et évoluer elles-mêmes à ses côtés, d’égale à égal.
    Nick

  3. Nick !!!!
    On reparle, si le voulez bien, de la trentenaire, dans … disons moins de 5 ans !

    Vous avez le mérite de m’avoir fait bien rire ce matin !

    Egale à égal … pour cela, il faut avoir eu au moins un minimum de parcours et d’expérience.

    Ah la fraîcheur de la trentenaire ! (non, ce n’est pas de la jalousie, je vous l’assure ! juste de l’ironie mal placée me dirait P.)

    Bonne journée !

    Pomme

  4. Chère Pomme,

    Oui, il faut avoir un parcours, un bilan, une autre relation envers ses angoisses d’enfant. Ca ne signifie pas nécessairement qu’il fauit être quadra: c’est une question de conscience de soi. Que j’ai commencé à acquérir celle-ci à mes 40 ans à peine passés, et en me basant sur mon acquis enfin accepté/reconnu, n’empêche que certains y arrivent plus tôt.

    Nick

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