Delete !

J’aime la modernité et tout ce qu’elle nous amène. Sur tous les plans: santé, voyage, communication, environnement, que sais-je encore… Plus particulièrement, je suis fasciné par les changement qu´elle peut avoir sur nos comportements au quotidien, et tout particulièrement sur notre mémoire et l´utilisation que nous en faisons dans notre vie de mortel conscient de sa mort futur, dimension qui nous distingue des animaux. Elle change ainsi d´ores et déjà notre vie pour ce qui fait le délice des historiens mais qui embarasse notre quotidien à nous, mortels banals qui avons les yeux cantonés sur la seule durée de notre existence:  j’ai nommé nos archives.

archives.jpgAvant, nos grands-parents et parents recevaient des lettres par la poste (la quoi ???? La Poste, si, si, je vous le jure), ou prenaient des photos argentiques (argentquoi ???) qu’il développaient à grand frais – sans pouvoir ou oser trier les bonnes des mauvaises, celles que l’on veut garder de celles qui n’en valent pas la peine, parce que bon, on avait quand même payé le développement, alors… Et donc, on empilait, on archivait puis on oubliait – ce qui est finalement le propre des archives: elles ne servent qu’aux générations future !

Au final, sauf crise intense qui amène à tout jeter rageusement – et donc faut vraiment avoir la haine des autres ou de soi,  on ne jetait donc bien souvent rien de son vivant, tout simplement par flemme d’ouvrir les caisses et de devoir transporter vers la poubelle – nécessairement trop petite – des kilos de papier, á öoins que ce ne soit par peur de se débarasser d´une partie de son passé. L’on gardait donc tout, ou presque, bons et mauvais souvenirs (la radio de la jambe cassée, la photo d’un ami(e) perdu(e) de vue depuis des lustres, une souche de cinéma, une carte postale), laissant le soin aux héritiers de se débrouiller avec tout ça une fois que vous étiez parti ad patres – j’ai testé pour vous, hélas !

cdr.jpgAujourd’hui, que nenni ! Lettres et photos sont digitales pour l´essentiel et se réduisent donc à des impulsions électriques que l’on  stocke en données binaires 0-1 sur des support en sable/silice ou en plastique. Intérêt: ça ne prend pas de place, ça ne prend pas la poussière non plus d’ailleurs, ça consomme moins d’arbres, ça se classe sans effort physique particulier; et ça peut même se trier (je garde/je jette) sur le champ sans se poser la question du coût.

Et quand on veut vider son « grenier électronique » pour faire de la place ou pour faire disparaître ce qui est devenu insignifiant ? Fastoche: soit on accroît sa capacité de binaire.jpgmémoire électronique pour quelques malheureux Euros (débités électroniquement via votre carte à puce), soit on appuie sur « delete », et le tour est joué. Car on peut facilement ne plus s’embarasser de ce qui n’a plus de sens, ce qui est toujours plus délicat avec des objets inanimés que l’on peut toucher, et qui dès lors, comme le disait le poète (Musset ou Vigny, je ne sais plus.. shame on me !), ont une peut-être une âme, justement, qui fait qu’on les aime etcaetera… Là, c’est que du courant électrique qu’on dégage, inanimé, sans touché, sans odeur, sans rien.

Bref, ça ne fait rien au ventre ou au coeur: pas de boule, pas d’angoisse, et en plus on ne risque pas un lumbago. Et dans la perspective de votre trépas, en l’absence de caisses accumulées au fil du temps, vous évitez ainsi que vos enfants ou petits-enfants découvrent que vous avez couché avec le ou la voisine, que vous apparteniez à un gang, ou plus simplement que vous avez été très bête dans votre jeunesse avec votre épingle à nourice vous transperçant le nez !

Oui, j’aime la modernité, car à défaut de nettoyer votre mémoire physique (on n’est pas encore à l’ère du Total Recall de Philip K. Dick, mais je vous fiche mon billet que Bill Gates y viendra un jour), elle nettoie la mémoire électronique et vous fait l’économie d’un grenier. Ce dernier point embête les souris et les araignées, certes, mais il vous autorise à recylcer vos combles en chambre supplémentaire ou en salle de jeux pour vos gamins. C’est déjà ça de gagné !

Mais mieux encore ! Vous pouvez même vous refaire une mémoire officielle, façon 1984 d’Orwell (tiens, l’année de l’invention du Mac d’ailleurs !!!) mais sans colle ni ciseaux ! Une photo ne vous plait mac.jpgque partiellement – le cousin qui a les doigts dans le nez fait tâche dans le paysage ? Vous retouchez ou effacez ce qui vous y déplait. Un texte comporte un passage dérangeant – une ânerie politique ou une déclaration trop romantique pour votre âge ? Rien de plus simple que de le modifier ou de vous en débarrasser, contrairement au sparadrap du Capitaine Haddock. Bref, vous pouvez vous reconstituer à peu de frais une mémoire électronique distincte de votre mémoire physique, certes, mais qui permettra à celle-ci, une fois les mauvaises choses oubliées ou lorsque frappée par l’Alzheimer, de ne se nourir que des bonnes choses, de celles qui ne fâchent pas et sont indolores.

Voilà pourquoi j’aime tant la modernité électronique: elle permet aussi à l’être humain de ne pas s’embarasser du passé, ni même de l’embrasser ou de l’embraser – le feu de joie restant néanmoins une méthode d’élimination du papier fort appréciée le 21 juin de chaque année. S’il reste « un animal mythologique » (le sujet de mon bac, y’a 22 ans… 19/20 quand même), la modernité permet enfin à l’homme de se choisir ses propres histoires !

Tiens… Mais Archive, mais c’est aussi un groupe ! La chanson Lights (*) parle justement de mémoire du passé qui fait mal et que l’on aimerait oublier en « switchant off » sa tête… C’est de circonstance – du moins pour ceux qui, comme Rodrigue, ont du coeur, un vrai. (http://www.youtube.com/watch?v=GOB84fGr1nQ)!

Allez, bonne journée de Vienne, oû je suis arrivé de Budapest il y a quelques heures.

(*) It hurts to feel
It hurts to hear

It hurts to face it
It hurts to hide

It hurts to touch
It hurts to wake up

It hurts to remember
It hurts to hold on

Turn my head

The hurt’s relentless
The hurt of emptiness

The hurt of wanting
The hurt of going on

The hurt of missing
The hurt is killing me

Turn my head
Off
Forever
Turn it off
Forever
Off forever
Turn it off forever

Ever blind

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~ par nrs sur 5 octobre 2007.

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