Se brûler… trop.

De retour de Montpellier – tofs de la famille à venir – et avant de repartir sur Barcelone (j’voyage trop ces temps-ci…), je me suis retrouvé à écouter une amie raconter ses peines de coeur, et, au-delà, ses angoisses et son mal-être.

Ecouter l’autre est un exercice que je découvre peu à peu et dans lequel je n’excelle franchement pas encore, ne résistant pas à jeter dans la conversation mes propres colères, saines ou non, qui masquent mes peines passées. Mais même partielle, cette écoute de l’autre me fait du bien car elle me permet de continuer à relativiser ces petits cailloux de mon imparfait, mais aussi de trouver quelques éléments de réponse à mes propres questions, soit dans le cours de la conversation, soit plus tard, quand j’y repense. Un peu « jungienne » cette idée que c’est par l’empathie (comprendre que l’autre souffre quoique l’on en pense) que l’on se comprend mieux soi-même. Qui sait, c’est peut-être vrai. Réagir aux questionnements des autres et à leur demande, c’est sans doute se découvrir soi-même petit à petit.

Me remémorant à cette occasion ce passé qui s’éloigne à grands pas dans le flou des mensonges accumulés qui fait qu’il ne peut en rester un seul bon souvenir – juste des interrogations que je laisse telles quelles parce que j’ai finalement mieux à faire, je me suis rendu compte du chemin que j’avais déjà parcouru depuis le début de l’année, en n’esquivant plus le mal qui était en moi, en me confrontant à cet ennemi intime et peureux qui est dans ma tête, en essayant de comprendre ces actes qui ont echappé tant et tant à ma conscience, à mon vouloir. En acceptant simplement qu’il puisse en aller ainsi et qu’il faille se faire humble devant son inconscient, la force de ses actes et la profondeur quasi-immuable de ses raisons.

Mais je me disais aussi en écoutant cette amie que l’on peut effectivement se brûler (*) à force d’aimer, que l’on aime bien ou mal, à chercher dans l’amour et dans l’autre toutes les réponses à ses besoins, à son mal-être ; à accepter tout et à ne poser aucune limite de peur de perdre cette « réponse » qui n’en est finalement pas une, ce qui invite l’autre dans son propre comportement inconscient à en abuser ; à s’acharner en y sacrifiant sa fierté en croyant se faire du bien alors que l’on ne fait que s’enfoncer encore plus via l’echec programmé d’une relation devenue malsaine dans le mal de soi, la culpabilisation, l’auto-dénigrement. Oui, comment en croyant trouver dans l’amour d’un autre cet amour de soi-même que l’on a pas, l’on peut en ressortir encore plus mal dans son existence faute d’être capable de « lâcher prise de soi-même », faute de préférer la fierté d’être à la dépendance qui fait souffrir par peur du vide ressenti qui empêche de vivre pour soi et par soi.

Et dans ce contexte, ce n’est pas nécessairement la fin d’une relation qui est un problème en soi: un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s dit le proverbe, et souvent tellement « mieux » comparé à la fin de la précédente relation – car on reste toujours sur la fin en oubliant le reste, c’est normal (et j’vis moi aussi « mieux« , d’ailleurs, nonobstant les regrets de ce qui aurait pu/du être).

C’est la forme de la fin qui peut encore plus détruire celle ou celui qui a cru qu’elle était son salut et y a tout misé, principes et fierté, voire plus encore. Lorsqu’elle ne repose sur aucune franchise, qu’elle se fonde sur des critiques sans queue ni tête qui masquent les coups dans le dos – conscients ou non, et qu’elle n’est finalement que l’expression d’un rapport dominant-dominé où ce dernier culpabilise des actes du premier qui n’en a que faire. Parce que l’on a trop montré ses besoins à l’autre plutôt que de lui faire envie, la fin incompréhensible ou sale peut donner à de tels gros coeurs faibles le sentiment que le bonheur « il ne passera pas par moi« , jamais, car ils ne sont pas aimés.

Connaître intimement ses angoisses de vie, ou apprendre à le faire,  et chercher d’abord en soi les réponses, c’est commencer à se respecter et à poser enfin ses limites de « fierté » vis à vis des autres. C’est se donner le droit à un bonheur vrai, nécessairement pré-existant à la rencontre avec l’autre qui n’est alors qu’un « plus » (important certes), pour une relation sans faux-semblants, sans abus, sans humiliation, sans fuite, dans le dialogue constant. Pour enfin pouvoir dire que le c’est « le mal-être qui ne passera plus par moi« .

Oui, malgré mes peurs qui subsistent, en écoutant d’autres, je mesure le chemin accompli… et la route qui me reste encore à avaler !

Bonne journée !

(*) AlphaBurn me again (2007) – 05-burn-me-again.mp3

Burn me again
Turn me round and you can burn me again
Learn in the end
Say it slowly so i’ll learn in the end

Bury the pain
Hurt me softly and then bury the pain
Soften the rain
Feel this storm inside me soften the rain

Nurture me with hope
Help me grow from your seed
Feed me with your strength
Fill me up with your need

Heaven and hell
Keep me safe between this heaven and hell
Know me too well
You’ve hardly touched me yet you know me too well

Treat me with a kiss
Heal this aching inside
All the years i’ve lived
Yet you bring me to life, to life

Burn me again
Turn me round and you can burn me again
Soften the rain
Feel this storm inside me soften the rain
Burn me again
Burn me again

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~ par nrs sur 31 octobre 2007.

3 Réponses to “Se brûler… trop.”

  1. « La seule consolation des damnés, c’est qu’ils ne sont pas seuls en enfer », commentait finement un de nos profs jésuites après avoir collé toute la classe.
    pfff… ça fait vieux, dis donc…
    Je repense à cette époque bénie en raison de ton billet du jour. Une rupture, en soi, c’est pas grave-grave… mais c’est la manière, en effet, qui peut faire très mal. Quand on a le sentiment très frustrant de s’être fait niquer dans les grandes largeurs en ayant été sincère, ben… Oui, écouter les autres, développer son empathie, comprendre qu’on est pas seul à avoir vécu ou à vivre ce genre de trahisons, apprendre à trouver les mots pour consoler les autres ou au moins leur faire comprendre le quid, le quod et peut-être le quoniam, c’est une bonne voie… Tu ne nous avais jamais parlé de tes oreilles, continue… continue… elles sont excellents juges pour les choix musicaux, pourquoi pas pour les nouveaux choix de vie… à force de comprendre que personne n’est jamais vraiment tout seul dans sa peine ?
    Je t’embrasse,
    P.

  2. Effectivement, mon P, on est jamais tout seul dans ses peines; et écouter celles des autres, en lieu et place de son propre monologue intérieur nécessairement fait de regret et de colère, permet de les ramener à de plus justes proportions, de sourire à la vie et la laisser nous sourire. La vie enfin maîtrisée en soi offre tant et tant de recontres, de sensations, de couleurs,toutes bien mieux que ce que l’on croyait être un summum et qui n’est plus rétrospectivement qu’un incident de parcours fait de médiocrité morale – quand bien même l’on peut penser que les « salauds » ne sont souvent que des « malades qui s’ignorent », comme leurs « victimes ».

    Ecouter les autres me permet de redécouvrir ma propre vie et de la partager avec ceux qui font de la véracité des pensées et des dires le point d’équilibre de leurs vie. Et elle est belle, ma vie !

    Je t’embrasse mon P. !

    Nick

    PS: on va essayer de continuer à se faire du bien musicalement, hein ? ;o)

  3. Bingo !
    C’est exactement ça : s’aimer, savoir vivre seul et être heureux et avoir LE bonus ….éventuellement !

    Le tout … est de tomber sur l’autre qui fonctionne à l’identique !
    Dépendre de l’autre, c’est exactement le début de l’échec. S’attendre à ce qu’il compense ce qu’on est incapable de compenser nous même …
    C’est quand même dommage d’apprendre tout ça à notre âge, mais, il n’est jamais trop tard pour bien faire !

    Pomme

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