(Re)Faire de la politique ?

Renouant après une longue absence avec mes amis Antoine et Marc, mes pensées me ramènent petit à petit dans ce qui fut « notre passion commune », voire même notre alma mater, du temps de nos études (un peu bâclées pour la Cause): la politique. Au gré de la lecture de leurs blogs respectifs (Cfr. mes liens), je me rends compte qu’ils y sont restés, avec vaillance, quand moi je m’en suis éloigné au fil du temps.

Pourquoi ai-je fait de la politique ? Pourquoi mon premier geste en découvrant la France à 18 ans fut-il de prendre une carte au Parti Socialiste avant même d’aller chercher ma carte d’étudiant ? Qu’est ce que je cherchais alors, qu’est-ce que j’ai cherché ensuite pendant 10 ans, que m’en reste-t-il ? Je ne le sais plus.

Je me souviens que je détestais l’injustice et que j’aimais les révoltés – même ceux faits cocus ensuite par les bolchos et autres vendeurs de rêves; mais que je croyais AUSSI à la nécessité d’être réaliste (et refusais donc les discours « pseudo-ouvriéristes »), les deux n’étant pas incompatibles: être réaliste, ce n’est pas refuser d’imaginer un autre futur et se réfugier dans le cynisme du « on ne peut pas » qui conduit inexorablement à droite ou, à tous le moins, à un anarchisme kropotikinien cynique. C’est simplement comprendre les situations présentes et les obstacles, en ce compris comportementaux, pour concevoir de nouvelles solutions. Bref, concilier « le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté » était mon mot d’ordre mendésiste (n’oublions jamais que Mendès France fut AUSSI ministre du Front Populaire…). Et il l’est resté dans mon activité « d’eurocrate », me permettant de « créer » à mon niveau des mécanismes que l’on me disait irréalisables – parce que rares sont ceux qui gardent la foi, avec l’âge et le salaire qui augmentent (l’embourgeoisement, quoi !).

Comme j’aimerai me re-passionner pour « tout ça ». Car oui, une politique de gauche n’est pas que l’art du possible réduit à un discours: elle DOIT être la pratique du possible, pas à pas certes, mais fermement. Une attitude comme je les aime et à laquelle j’essaye de coller dans ma vie de tous les jours.

Mais ce « tout ça », la gauche française n’en fait qu’un vide, un trou noir qui ne laisse échapper que les angoisses frustrées d’aspirants ministres bloqués devant les ors des palais de la République par la perspective (possible mais non inéluctable) de 10 ans de Sarko après 5 ans de Chirac. 15 ans de frustrations… Ca vous amène de 35 à 50 ans (moi et ceux de ma génération), ou de 50 à l’âge de la retraite (les anciens). Et en plus il y a le quota « femme », la parité quoi, qui bloque les Baumel, Clergeaux et autres quadras frustrés.

shadok-ps.jpgAlors se passionner pour quoi ? Pour les prochains débats du Parti Socialiste – qui arrivent trop tard en plus, où l’on dira tout et n’importe quoi sans avoir jamais l’intention (l’opportunité même) de le mettre en oeuvre « parce qu’il faut être réaliste », et pour savoir qui en sera le César que l’on assassinera plus tard ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J’aimerai en avoir envie, mais je ne l’ai pas.

Allez, pour s’faire du bien, repensons au Temps des Cerises(*), qui reviendra, un jour. Et pour ceux qui veulent avancer dans la réflexion, je ne peux que leur conseiller par exemple de visionner le DVD « Où va le Monde, M. Stigliz ?« , diffusé par le Nouvel Obs’ l’été dernier. Ou comment comprendre en 6 heures que rien, rien, rien n’est inéluctable, que tout, tout, tout est questionnable, sans même qu’il faille pour autant se rallier à la théorie du Grand Soir !

Moi, en attendant, j’file à Madrid faire un fact finding tour sur la recherche espagnole. Chacun à son niveau.

Bonne journée !

PS: l’ami Marc m’en voudra peut-être, mais Ségolène symbolise – à son corps défendant peut-être – cette incapacité à conclier acuité des réalités et passion des envies. Sa pitoyable performance lors du débat avec Sarko sur le volet économique (comme il était facile d’exploser le discours « travailler plus » de ce petit Napoléon) a démontré qu’elle n’avait ni la connaissance ni donc la reflexionpour développer un modèle alternatif. C’est pour ça, mon ami, qu’au second tour j’ai voté nul: comme le choix offert, comme les politiques qui en seraient sorties.

Le temps des cerises (J.B. Clément) chanté par Montand – le_temps_des_cerises.mp3

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Mais il est bien court le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles
Cerises d’amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d’amour

J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et Dame Fortune, en m’étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur

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~ par nrs sur 3 décembre 2007.

4 Réponses to “(Re)Faire de la politique ?”

  1. Avec vaillance, c’est un grand mot. Certains on été militants, puis élus, moi je n’ai jamais pris la carte d’un parti. Un vieu fond anar, peut-être? Fut une époque, que tu as connue, où l’on me disait anarcho-rocardien. Mouais.
    Peut-être que Marc et moi aimons avant tout les idées, d’où la tenue de nos blogs respectifs, plus (Marc) ou moins (moi) réguliers et politiques. Certes, le nombdre de lecteurs chez moi reste limité, mais bon, il m’a déjà permis d’ouvrir un certain nombre de débats dans la vraie vie suite à de petits écrits électroniques.
    Pour la petite histoire, j’ai eu ma carte à l’unef (la seule carte que j’ai jamais eue) avant ma carte d’étudiant. il reste de cette époque la passion des idées et de leur confrontation, l’exaspération devant les mauvais argumentateurs (Sarko est pitoyable, il l’emporte par des effets de manche, et non par des arguments, Royal m’a hérissé aussi par moment), et la colère contre les injustices, la misère (Lille, Faubourg de Béthune, Quartier de la Baltique… tout un poème), l’indignation devant l’égoïsme de nos sociétés et de nos contemporains, qui prennent et qui jettent sans se poser la moindre question (j’aurais des choses à écrire, mais je n’ai pas envie de me brouiller tout de suite avec tout le monde :-)).
    Alors, qu’est-ce que la réfléxion sans l’action? J’ai justement arrêté de croire à la révolution (rêve romantique d’adolescence) le jour où je me suis posé la question de l’action. Suis-je prêt à tuer froidement d’une balle celui qui se lève face à moi? Non? donc je ne peux pas être révolutionnaire car une révolution sans verser de sang n’existe pas. Donc réformiste, oui, car je crois toujours qu’il faut changer le monde. Comment ? Donc la prise du Palais d’hiver, c’est exclu, quant à la prise de la rue de Solférino, encore moins. Je n’ia pas le courage de me cogner l’appareil, ses inerties, sa bêtise, ses coups-fourrés. Alors à mon petit niveau (tu parlais de modestie?), je parle, j’écris, j’argumente. Et j’essaie de vivre en accord avec ce en quoi je crois. Certes, ça ne va pas faire arriver le grand soir, ni me permettre de prendre la tête de l’Avant-Garde Éclairée du Prolétariat Conscient et Organisé dans sa lutte contre le GKI (le Grand Kapital International, t’en souviens-tu?). Mais j’espère que j’aurais semé quelques graines. Pour la parabole du semeur de graines, revoir Furyo (Merry Christmas, mister Lawrence) avec David Bowie (aaah, David Bowie…) en officier britanique assexué, pour ne pas dire homo), et Ryuichi Sakamoto en officier japonais.

  2. (Re)faire… comme je l’ai fait ces 13 dernières années… certainement pas… Antoine a raison la passion des idées et aussi le goût toujours immodéré de la confrontation mais dans le respcet (ça dépend avec qui…)… l’action… bof 13 ans de mandat m’ont convaincu qu’elle se résume à un serrage de mains permanent faute d’idées…
    bon je prendrai le temps de faire un papier sur mon engagement… et à gauche 🙂

  3. Ouais, ça dépend avec qui, car il y en a, j’ai toujours envie de leur foutre mon poing dans la gueule. 😀 Warf!

  4. Je crois que l’on ne peut BIEN faire d ela politique que lorsqu’on en dépend plus/pas pour vivre ses émotions de reconnaissance, d’amour, de réussite personnelle… C’est parce que l’on y cherche trop ça que ça devient un combat d’égo d’où ne surnagent que les cyniques. Etre complètement équilibré permet de n’y investir que ce qui doit l’être.

    Alors n’étant justement pas encore équlibré, vous comprendrez que je n’en fasse plus… sauf à prendre le risque que je bouchonne la trogne à trop de types là-dedans ! Uhuhuh 😉

    Allez, j’file au Ministère de la science espagnole. M’ont concocté un énorme programme de visite. Faut qu’j’arrive à l’heure, sinon j’vais encore passer pour un vilain p’tit canard !

    Bises à vous deux !

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