Pour une Europe citoyenne… si elle doit être de gauche (autrement on s’en fout) – Ière partie

PROLOGUE 

« Tin, tu déconnes ! » m’avait écrit mon Marc, sous l’regard désapprobateur d’mon Toine, en commentant une précédente entrée d’mon blog dédiée à ce sujet, dans laquelle j’exprimais mon envie d’un référendum sur la question européenne et ma probable réponse négative.

« Tin, tu déconnes !« , vu que je suis un eurocrate, donc nécessairement un pro-européen – ce qui est vrai.

« Tin, tu déconnes !« , vu que je ne suis pas un gaucho avec mon passé rocardien – nonobstant mon amour pour « Ma vie » de Trostky (un très beau roman d’aventures ! Uhuhuh), et que je fais donc, nécessairement aussi, partie des « gens raisonnables ».

Ben non, j’déconnes pas. Oh, certes, j’ai beaucoup déconné dans ma vie (mais moins qu’Léon dans la sienne), et qui sait lire entre les lignes de ce blog peut le vérifier, pour partie. Mais pas là. Enfin, je ne crois pas. 

Certes, je pourrais faire mon Remigio di Varragine dans Le Nom de la Rose d’Umberto Eco. Remigio, mais si, vous connaissez, celui qui protège son copain Salavatore « penitenziaaaagite« , l’ex-dolcinien (gauchiste chrétien pour faire simple). Oui, Remigio, qui a oublié ses croyances d’antan, s’empiffrant, baisant, rotant et pétant aux frais des bénédictins corrompus et autrefois combattus, et qui le revendique haut et fort devant l’inquisition dans un ultime sursaut d’fierté avant le bûcher… puisque tout est (enfin, ouf, è finita la comedia) perdu.

Oui, je pourrais jouer l’eurocrate « grimpé vite », content de son sort financier particulièrement appréciable (dans les 5% de français les mieux payés… mais plus près quand même du Smicard que du top 1%, rassurez-vous !), qui lui permet d’avoir la « mondialisation heureuse » des élites, et qui dès lors s’en cognerait com-plè-te-ment de ses idéaux de jeunesse et de ce qui se passe pour « l’Europe d’en bas »… Parce qu’il faut être égoïste parfois, hein ? A c’qu’il paraît, c’est tendance… J’me contenterais alors d’un bras d’honneur en partant à la r’traite (confortable) dans 25 ans, à défaut de bûcher et parce que RIEN ne serait perdu pour moi… « fors l’honneur » ?

« Fors l’honneur« …. Aïe, damned, crotte, flûte, merttttt’… Et donc, non, j’peux pas. Et partant, si je suis de gauche (à débattre – uhuhuh), ben je ne peux pas dire « youpi, vive le mini-traité, pas la peine d’le voter » en chantant l’Hymne à la joie la main sur le cœur (si-si-do-ré-ré-do-si-la… avec Sarko en prime), sauf à trahir ce que je crois être mes principes.

Ou alors je cesse d’être de gauche, plus simplement – ce qui serait d’ailleurs peut-être plus reposant, vu qu’être de gauche avec la gauche française est un véritable sacerdoce !!! Aaaah, donner corps à mon « tropisme kropotkinien », enfin, finir anar’ de droite, jouir, jouir et re-jouir de ce que j’ai et me foutre de ce que les autres n’ont pas… Le pied…

Mais non – enfin pas tout de suite, parce que si je suis d’ores et déjà assez con pour ça je ne suis pas encore assez vieux ! Alors essayons encore d’y croire, « encore une minute Monsieur l’bourreau » de l’embourgeoisement ranci, et expliquons- nous plus avant.

*  *

*

POUR UNE EUROPE CITOYENNE…

SI ELLE DOIT ÊTRE DE GAUCHE (AUTREMENT ON S’EN FOUT)

– Ière partie –

Avant d’entrer dans le fond du débat sur la construction européenne (mon entrée de demain, désolé), pourquoi un référendum ?

Pour poursuivre dans le droit fil de ma précédente entrée sur ce point, tout simplement parce que ce que le peuple a décidé ne peut être défait que par lui. Du bon sens quoi… et de gauche.

Est-ce là un principe EXCLUSIVEMENT de gauche ? Je ne sais pas, sauf à considérer que la droite serait par essence anti-démocratique, ce qui ferait se retourner dans leurs tombes des hommes de droite tels De Gaulle que l’on ne peut accuser d’une telle vision. Mais être de gauche, c’est aussi et avant tout, en plus d’autres choses sur lesquelles nous reviendrons demain, avoir l’esprit démocratique chevillé au corps, qui fait que même un Chavez perdra un référendum là où Poutine « le copain à Sarko et à Berlu » bourrera les urnes.  C’est comme ça. Alors ce que le peuple a voulu, quand on est de gauche, l’on se doit de considérer que seul le peuple peut ensuite l’infirmer, parce qu’il est le seul « roi » que nous, gens de gauche reconnaissons… quand bien même il n’aurait pas fait Science-Po et l’ENA.

Et ce n’est pas là qu’une question de forme: c’est bel et bien aussi une question de fond sur la nature même du projet européen. Il ne peut continuer à être mené sans les peuples, aux motifs que ceux-ci ne seraient pas à même d’en comprendre les enjeux à long terme, ou encore qu’ils ne seraient pas assez « éclairés », parce que « peuples » donc ploucs, pour répondre à la question posée et ne pas y mêler des considérations tell’meeeeeeeent (soupir de la bourgeoisie parisienne intello-branchée-mondialisée) terre-à-terre et autres « balivernes » – lesdites considérations tournant autour de l’emploi, du pouvoir d’achat, etc., bref de la confiance en l’avenir, ‘scusez du peu…

Or ce pseudo bon sens intellectuel, c’est typiquement le mépris qui fonde l’idéologie d’une certaine droite « orléaniste » pour faire mon René Reymond approximatif. Pas forcément la plus extrémiste d’ailleurs, mais plus hautaine et bourgeoise, du genre Claude Imbert dans Le Point (voir les citations reprises dans l’article de Bernard Cassen dans Le Monde Diplomatique de décembre). Tiens, justement, toute la différence entre un Jean Monnet rejetant De Gaulle pendant l’occupation pour se mettre au service d’américains soucieux de « contrôler » la France après la Libération et œuvrant ensuite à une construction européenne dans un cadre ATLANTISTE (nous y reviendrons demain), et ledit Genéral rétablissant les libertés démocratiques (que ça plaise ou non, c’est un fait têtu dirait Lénine) et mettant la France dans une position autre que celle du « caniche de Washington » dans laquelle d’autres pays européens (même – et surtout ? – de gauche, pas vrai Tony ?) se complaisent encore et toujours. Là où le premier agissait « dans l’ombre des grands » (non je n’ai pas la comploïte aigüe, mondiale ou locale, et je pense que cette méthode faisait « du sens » au début), le second se confrontait au peuple (qui fort justement d’ailleurs le rembarra en 1969).

L’Europe prétendant justement apporter un plus aux peuples en termes de développements économiques et sociaux, il est donc particulièrement étonnant que ceux-ci ne puissent la juger justement à l’aune de ce qu’est leur situation sur ces plans là – quand bien même ils se tromperaient dans leur(s) jugement(s). C’est là une attitude paternaliste qui n’est pas de gauche. Car représenter le peuple quand on est de gauche, ce n’est pas le mépriser du haut de son mandat.

Bref, à faire l’Europe sans les peuples, au gré des seules envies et besoins de nos élites mo(n)dialisées, on en vient à la fin à la faire contre eux. Et refuser l’onction du peuple sur un tel choix, qui engage tellement l’avenir (oubliez toute remise en cause du modèle d’Europe avant plusieurs années, si pas dizaines d’années, si le mini-traité est adopté), c’est finalement avoir la même attitude que ceux qui s’autoproclamaient avant-garde du prolétariat conscient et organisé, sachant mieux que lui comment faire son bonheur, et donc lui déniant le droit de s’exprimer sur celui-ci. Oui, entre notre « aréopage éclairé » qui construit l’Europe et le Politburo d’un Parti communiste construisant la future société sans classe, il n’y a pas de grande différence: le peuple n’est qu’un prétexte.

Certains prétendront que ce mini-traité n’est pas la défunte Constitution, et qu’il n’y a dès lors pas lieu de retourner devant le peuple. C’est un argument spécieux et par ailleurs complètement erroné sur un plan légal. Car la Constitution européenne n’en était pas une: en droit international, ce sont les Etats qui ont une constitution, pas les organisations internationales, quand bien même elles seraient extrêmement intégrées comme l’est l’Union. Ce que nous appelions « Constitution européenne » n’était qu’un traité qui se distinguait toutefois de ses prédécesseurs en ce qu’il venait non pas les amender (un article renvoyant à un autre article) mais les reprendre modifiés pour certains et complétés par de nouvelles dispositions, tous en un texte unique, global.

En ce sens, la différence avec le mini-traité n’est que formelle: ce dernier est de facture « classique », amendant les précédents traités par citations/références croisées, et est donc par ailleurs quasiment incompréhensible pour un non-juriste qui n’aurait pas sous les yeux les dits traités antérieurs, comme l’était le Traité de Maastricht lui-même d’ailleurs (ceux qui l’ont encore peuvent y jeter un coup d’oeil). Mais une fois ces textes « consolidés », le résultat sera à quelques mots près le même que la constitution. C’est donc la même chose sur le fond.

Alors voilà, pour toute ces raisons là, si la gauche française veut mettre en accord ses actes et les principes qu’elle défend – et la promesse de la candidate Ségolène Royal soit dit en passant, elle se doit d’appeler à un référendum sur le mini-traité. Parce qu’autrement, si on est de gauche que parce que la place est libre, que la nature a horreur du vide et qu’il y a des énarques en quête de perspectives professionnelles (et que c’est l’trop-plein à droite), on peut alors s’en foutre complètement – et moi le premier d’ailleurs, nouveau Remigio de Varragine, m’empiffrant, baisant, pétant et rotant dans ma cage dorée bruxelloise aux frais du contribuable européen (mais je fais l’taf’ pour lequel il me paye, et plutôt très bien, qu’on s’rassure, comme mes autres collègues eurocrates).

Et ma réponse personnelle (qui n’engage que moi et dont vous avez le droit de vous foutre) sur le fond ? NON, comme hier. Mais j’vous dirai pourquoi demain…. parce que ce texte est déjà assez long comme ça.

Bonne journée !

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~ par nrs sur 6 décembre 2007.

18 Réponses to “Pour une Europe citoyenne… si elle doit être de gauche (autrement on s’en fout) – Ière partie”

  1. Je te retrouve bien là, mon Nico (et ça me fait plaisir!)
    Jusque là, je te suis, tu formule bien ce que je pensais plus ou moins de mon côté.
    Si j’ai un peu plus de temps la semaine prochaine (un colloque demain où je dois présenter un truc), je ferai quelques petits commentaires et ajouts.
    Bises

  2. Fais donc. Demain, on ira sur le fond des choses: comme tenir un discours pour une « Europe de gauche » et approfondir une Europe… qui ne l’est pas et en plus ne le permettra pas !

    Bise, Toine.

  3. Ce post va faire une trainée de poudre sur la blogosphère. On te cite déjà ailleurs comme « un haut fonctionnaire européen »… D’ici à ce qu’on te retrouve cité dans libé, y a qu’un pas. 😀

  4. n’oublions pas que mon blog est passé dans le monde, à France Europe Express, Rue 89…

  5. Au fait, déjà en 2005 tu as ou aurais voté non ?

  6. En 2005 j’ai voté « non » pour les raisons… que je développerai dans mon entrée de demain (puisque la question « réferendum » est circonstantielle).
    Pour le rste, je n’entend spas devenir aussi « fameux », mon incursion dans la politique étant soit temporaire (à un moment donné j’arrêterai), soit intermittente (entre 2 histoires de Q ou autre ! Uhuhuh)

    Bises à vous 2.

  7. Est-ce normal si ma tête tourne un peu entre tes lignes, gauche-droite, droite-gauche?!

    Euuuhhh…. viendrai lire mieux tête au centre.

    Bonsoir, Nick!
    🙂

  8. Mmm… c’est Toi.. Uhuhuh.. ouai, mon styyyyyle est très compliqué, avec des « phrases à tiroirs »… On tentera de faire plus clair/direct/succint demain. :-p
    Heureux de ton passage. Très !
    Bonsoir, D. !

  9. j’ai eu peur jusqu’au bout, me desisant..il va dire OUI…

  10. Et non, il dit NON ! Mais merci de m’avoir lu jusqu’au bout !

    T’embrasse !

  11. hmmm… cela cadre t-il bien avec les statuts du fonctionnaire européen et votre devoir de réserve?

  12. Pierre… allons… non, pas ça, pas vous… Enfin, on ne débat avec de tels arguments ! J’aurai préféré de vous une réponse sur le FOND, pas une disgression sur la forme par laquelle vous chercheriez à me dire qu’il me serait peut-être interdit de donner mon opinion… Etrange cette manie de certains décider de la nature du débat et de ceux qui sont autorisés à se prononcer.

    En tant que fonctionnaire européen, qui exerce des responsabilités, j’agis dans l’intérêt de mon institution en toute circonstance et conformément aux instructions de ma hiérarchie à laquelle je prête assistance – et si j’ai commencé l’année avec 120 jours de congés accumulés (et pas des RTT), c’est donc quelque part « que je donne », en ce compris sur des dossiers où le citoyen que je suis est d’un autre avis.

    En tant que citoyen – ce que je suis aussi: je n’ai pas abdiqué cette qualité et les droits qui vont avec en rejoignant la Commission européenne, comme n’importe quel fonctionnaire national – j’ai le droit d’avoir une opinion sur l’Europe et son contenu, et de l’exprimer en tant que citoyen et non en ma qualité de fonctionnaire européen. Dire que j »exerce cette profession dont je suis fier, ce n’est pas m’exprimer es qualités, à ce titre.

    Est-ce que les propos que je tiens seraient insultants pour mon institution et porteraient atteinte à l’honneur de ma fonction ? Je ne vois guère où, au contraire même en cette fin d’article que vous commentez. L’honneur de ma fonction n’exige pas de moi que je me taise où que je mente sur ce que je pense. L’honneur implique simplement que je le fasse loyalement et avec une certaine correction.

    Suis-je contre l’Europe – donc mon employeur ? Certainement pas, je suis même autant que vous, mais autrement, oserai-je « moins naïvement ».. et peut-être même plus ? Serais-je un anti-européen que la question de ma loyauté se poserait. Tel n’est pas le cas ici.

    Le devoir de réserve, cher Pierre, n’interdit ni que l’on exprime une opinion dans le cadre normal du débat, ni que l’on considère qu’un fonctionnaire est H24 employé d’un Ministère de la propagande. Car si je devais suivre votre argumentation, un fonctionnaire français ne pourrait en tant que citoyen dire son opposition aux politiques du gouvernement français (or, par exemple, manifester, militer dans un parti ou un syndicat ou une association, être candidat à des élections, être élu tout en rstant fonctionnaire c’est un acte public). Le fonctionnaire reste un siyoyen: le devoir de réserve consiste à rester imparyial dans l’exercice de ses fonctions et avoir un comportement honorable en dehors de celui-ci.

    Bref votre argument me déçoit pour la cause que vous pensez servir, car il est finalement typique de la manière dont le débat européen est mené par certains: aux peuples de circuler et de les laisser faire eux, qui savent quel est le chemin vers le bonheur. Oui, circulez, car il n’y a rien à voir. C’est cela l’Europe sans les peuples, donc à terme contre eux, plutôt que de la faire avec eux pour construire un espace citoyen leur permettant de choisir EUX les politiques qu’ils veulent y voir menées (en ce compris des politiques de droite ou de gauche avec lesquelles je serais personnellement en désaccord complet, mais j’suis comme Voltaire…).

    Personnellement, étant bien loti, je pourrais cyniquement me satisfaire d’une Europe qui se construirait – et donc se figerait (voir mon entrée suivante) sur une approche – pour faire simple – libérale, interdisant par la vertu des traités que toute autre politique soit menée (ce qu’une Constitution, une vraie, ne fait pas). Mais une telle attitude ne correspondrait pas à l’idéal dans lequel j’ai été éduqué et qui m’a amené à rejoindre la Commission européenne: le déficit démocratique de l’Europe n’est pas pour moi une ritournelle pour meeting ou pour discussion de salon, avec larmes de crocodile à la clef. Il est une réalité dont votre commentaire se fait hélas le reflet.

    Et c’est pour ça que je soiuhaite un référendum et que j’y répondrais « non » le cas échéant: parce qu’une Europe NON citoyenne, parce qu’excluant ces derniers de la décision et mettant en place un cadre juridique limitant leurs choix politiques, n’est pas « mon Europe d’européen convaincu ».

    Bien à vous.

    PS: par ailleurs, les traités sont négociés et signés par les Etats membres de l’Union, pas par la Commission européenne. Nous ne faisons que les exécuter. Nous avons dès lors aussi un devoir de réserve de ce point de vue là. Au vu de ce que disent certains de mes collègues publiquement, je n’ai pas l’impression d’en faire plus qu’eux de l’autre côté. Oserai-je même un « j’en fais moins » ?

  13. Ah non ce n’était pas un argument, c’était juste une question!!

    Le problème c’est que votre billet c’est le chat qui se mort la queue: le problème vous l’identifiez, c’est qu’on a du mal à faire l’Europe avec les peuples.

    Et pour cause: l’Europe ne dispose pas de quoi parler aux peuples. Saviez vous qu’en 1870 on évalue à à peine plus de 30% le nombre de Français qui parlent effectivement le français, mais que 30 ans plus tard en 1900 ils sont 90%?

    quelles sont les raisons de cet esprit « français » qui est né en 30 ans?
    – Les lois sur l’instruction publique de 1882
    – Le service militaire
    – Les réseaux ferrés et l’industrialisation (de plus en plus de mariages entre 2 personnes venues de régions différentes).

    Je crois que le parallèle avec l’Europe est pertinent. Il manque des choses, et il manque du temps. Il ne s’est passé que 15 ans depuis la chute de l’URSS…

    Il faudrait peut-être que vous sortiez de vos désirs de voir des résultats immédiats sur le court terme. Et considériez que le Traité de Lisbonne donne des outils pour un demos européen sur le long terme.

    Je ne suis pas satisfait de ce traité. Mais la stratégie du « tout ou rien » est suicidaire pour l’Europe.

  14. @ Pierre,

    Si c’était une question, désolé de ne pas l’avoir compris ainsi.

    Pour le reste, et avec respect bien entendu, je suis en désaccord complet avec vous.

    Vous écrivez que j’identifierais bien le problème, lequel serait qu’on aurait « du mal à faitre l’Europe avec les peuples« .

    Si vous entendez par là qu’on ne sait pas comment associer les peuples, je vous répond « NON« : le référendum dans un Etat membre, que le résultat plaise ou non, est un bon exemple de participation des citoyens aux destinées de LEUR Europe. De même en va-t-il avec les élections européennes pour peu qu’elles autorisent un vrai choix entre des POLITIQUES et qu’elles ne soient pas réduites par les tenants d’une certaines Europe à « pour » ou « contre » l’Europe, à nouveau. Oui, il y a moyen d’associer les peuples: ce n’est qu’une question de volonté.

    Mais ce sont là des moyens dont les « élites » qui font l’Europe en pensant faire le bien des peuples (à tort ou à raison, peu importe à ce stade) ne veulent pas entendre parler, justement. Il suffit de lire les déclarations ici ou là de responsables gouvernementaux européens excluant de toute leur force qu’un référendum puisse être organisé dans l’un ou l’autre des Etats membres. Je vous renvoie ainsi à cettte déclaration de Sarko reprise dans le blog d’Olivier Bonnet – qui reprend aussi des déclarations récentes d’autres dirigeants établissant clairement que le mini-traité n’est que la constitution rédigée autrement (voir par exemple le commentaire de M. Dehaenne faisant écho à l’analyse que je développe dans cette entrée).

    Si par contre vous considérez que pour faire l’Europe, nous devons nous passer des peuples, ou du moins que nous n’aurions hélas d’autre choix car ils ne la comprennent pas – ce que semble indiquer votre comparaison avec la France de 1870, je suis encore plus en désaccord avec vous.
    D’une part parce que dans mon système de valeur démocratique, ce ne sont pas les gouvernements et les élites qui choisissent le peuple – comme Brecht le suggérait ironiquement (voir une autre de mes entrée), mais le contraire.
    D’autre part parce que vous vous trompez sur un plan historique. Seuls 30% des français parlaient effectivement le français en 1870 ? Peut-être. Mais aux lendemains du second empire, la III République autorisa la participation citoyenne de tous (enfin, les mââââles…), sans restriction censitaire ou intellectuelle. On n’attendit pas 1900 pour que tous votent. Ce point pour dire quoi ? Que c’est en associant les citoyens à la décision, en les laissant participer à la démocratie en tant que citoyen qu’on les forme. Pas en attendant qu’ils atteignent un « niveau » fixé par ailleurs – et par qui d’ailleurs ??? Car enfin, pourquoi voudriez vous qu’ils s’y intéressent s’ils ne peuvent pas y participer ? Contre la promesse d’y participer un jour ? Au « enrichissez-vous (pour avoir le droit de vote) » de Guizot, défendant le suffrage censitaire, répondit une révolution…

    Il est temps, Pierre, d’arrêter de faire comme si l’Europe était encore à construire avant qu’on ne puisse s’exprimer en son sein sur les options politiques en présence. L’Europe est un fait qui existe, imparfait et évolutif certes, comme n’importe quel Etat, mais d’ores et déjà assez avancé pour constituer un champ d’expression citoyenne au sein duquel peuvent et doivent dès lors s’exprimer aussi des critiques, non sur l’idée européenne (et encore, si certains le souhaitent, c’est leur droit) mais sur l’orientation politique immuable ou presque que certains voudraient lui donner. Comme on le ferait à l’égard d’un gouvernement en place et de ses orientations s’il devait prétendre les rendre obligatoires en toute circonstance, même de défaite. Nous critiquons Chavez, à juste titre, mais « nous faisons du Chavez sans le savoir ». Mais lui, au moins, a fait un référendum et en a accepté le résultat…

    Or voilà, l’Europe telle qu’elle est « politiquement » figée sur certains aspects, ce qui m’interdit LEGALEMENT de faire certains choix politiques nationaux, donc européens. Je NE PEUX ainsi choisir moi un gouvernement français qui déciderait, à contre-courrant so what, de baisser la TVA (et d’accroître l’impot sur le revenu à prélèvements fiscaux équivalents sur le PIB). Parce qu’il n’en a pas le droit s’agissant de la TVA sans l’accord des gouvernements d’autres Etats, sur lesquels je n’ai pas le droit de me prononcer puisque seulement citoyen français. Et parce que le Parlement européen pour lequel je vote en tant que citoyen européen n’a rien à dire sur ce point. Je ne suis donc pas libre de mes choix, bien que maintenant doté d’une double citoyenneté.. Un comble quand même, non ? C’était plus démocratique quand nous n’en avions qu’une, il me semble…

    Vous me direz que c’est justement parce que l’Europe n’est pas encore une démocratie parfaite, et qu’il faut donc continuer à serrer les dents et la construire. Moi je vous répondrai que tant qu’elle n’est pas parfaite, alors il est hors de question que j’accepte cette diminution de mes droits de citoyen français.

    Vous me répondrez alors que j’ai justement accepté démocratiquement la diminution de mes droits en 1992, en votant OUI au Traité de Maaastricht. Mais je l’ai accepté dans une Europe de 12 Etats membres, assez similaires et il y a 15 ans…
    Aujourd’hui nous sommes 27, et très disprates (voir les commentaires de Bourlanges rapportés dans Le Monde la semaine dernière à l’occasion de son départ du PE). Convaincre 11 partenaires d’un changement, c’est bien plus « facile » que de le faire avec 26. Je n’ai pas été consulté sur ces élargissements. Je l’ai été sur un traité à 27 reconduisant les orientations politiques passées, et j’ai donc répondu « NON« . Mais ce que nous avons refusé se fera quand même…
    Et puis au-delà même de ce changement de circonstances, ne suis-je pas en droit de changer d’opinion ? Accepteriez vous de ne voter qu’une fois dans votre vie ? Dans un Etat, je peux le faire régulièrement à l’occasion d’élections. Mais au niveau européen, suis-je régulièrement consulté pour savoir si je suis toujours d’accord avec mon précédent choix ? Non. C’est même pire: alors que je le suis exceptionnellement et que j’ai répondu NON avec une majorité de citoyens, on me l’impose quand même autrement, et sans me consulter.

    Est-ce celà l’Europe citoyenne que nous voulons, celle où les peuples n’auraient le droit de s’exprimer qu’à condition de conforter leurs dirigeants au motif d’un « intérêt général » qui nous dépasserait et que seuls certains connaîtraient ?

    Je suis un européen convaincu, Pierre. MAis je ne crois plus (ma seconde entrée toujours en cours de rédaction – désolé – l’expxliquera) que l’on peut faire l’Europe sans les peuples, voire même contre eux comme Sarko s’apprête à le faire en le revendiquant qui plus est, au motif que l’Europe serait la victime du clivage entre gouvernements et peuples (une premlière: voilà qu’on décide du sens à donner à mon vote au lieu de le prendre tel qu’il est…). Or ne pensez vous pas que ce clivage va grandissant justelment parce que les gouvernement prennent des libertés avec les peuples et leurs opinions ?

    L’Europe, nous la faisons et la voulons vous et moi pour les citoyens, Pierre. Vous pensez comme moi que ceux-ci ne sont pas assez impliqués ? Alors ce traité doit leur être soumis. Et l’on doit se satisfaire et faire avec leurs réponses, et se battre pour que cette réponse soit prise en compte quand bien même on ne la partegerait pas.
    Ou alors, c’est contre eux qu’on la fait. Qu’on le dise alors, et qu’on ne m’explique plus ensuite qu’en tant que citoyen européen, pouvoir et politiques relèvent de mon choix. J’aurai alors d’autres choses à faire dans ce cynisme ambiant: jouir « kropotkiniènement » pour moi et rien que pour moi… en laissant leurs illusions de « grand soir européen » à d’autres.

    Car j’ai passé l’âge des comptes de Noël.

    Bien à vous.

  15. La gauche PS est désespérante… a toujours vouloir être le bon élève de la classe en Europe.

    Je révais d’une Europe qui propose un autre modèle, ou plutôt qui tempère les aspects les plus durs du capitalisme.

    Il faut bien avouer que l’Europe est construite par des technocrates, bien payés et vendus aux lobbies des multinationales.

    Le peuple est parfois consulté : il faut garder les apparences de la démocratie. L’Europe dispose de bons relais dans les partis et les médias pour désinformer les citoyens et les culpabiliser…

  16. @ pas perdu
    Je ne suis pas d’accord avec vous. L’Europe n’est pas construite par des technocrates, c’est à dire des fonctionnaires comme moi. Nous proposons, certes, mais ce sont les gouvernements qui décident, donc VOS élus. Pas nous. Ne vous laissez pas piéger sur la responsabilité de ce que se passe: rien, RIEN ne se fait sans le consentement des gouvernements.
    Comprenez cela, et mettez le débat européen à Paris, au coeur du débat politique national car il est lié, et ça ira peut-être mieux. Car en France, on est nationaliste à Paris et européen à Bruxelles. Il serait peut-être temps de faire l’inverse, ne croyez vous pas ?

    Bien à vous

  17. cher nrs, sûrement comme d’autres bloggers, j’attends la suite.
    n’hésitez pas à vous joindre à l’action entamer par 29mai.eu pour faire valoir les droits élémentaires des citoyens.
    si je peux me permettre mon grain de sel : comme d’autres l’on écrit, il ne s’agit pas d’être pour ou contre le traité ou l’europe, juste de ne plus faire semblant d’être en démocratie. en france et en europe.
    mieux vaut bloquer le système tant qu’il est encore possible, plutôt que d’accepter des solutions anti-démocratiques.

  18. […] avec ce haut fonctionnaire européen anonyme, qui tient un blog sous le pseudonyme de nrs, cité sur celui de Marc Vasseur : "à faire l’Europe sans les peuples, au gré des seules […]

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