Pour une Europe citoyenne… si elle doit être de gauche (autrement on s’en fout) – IIème partie

PROLOGUE

Où en était-on déjà, jeudi ? Ah oui, j’me souviens… Selon moi, être de gauche implique NECESSAIREMENT d’exiger un référendum sur le mini-traité, parce que le peuple qui s’est DEJA exprimé sur la question est notre « roi », en résumé.

Mais pour y répondre quoi ? Et bien par contre, je ne crois pas qu’être de gauche implique mécaniquement une réponse unique. Aïe, j’vous déçois, là, non ? Accrochez-vous encore un peu, vous ne serez pas déçu (trop) lontemps (j’espère).

Car que l’on se comprenne bien: si ma réponse fut effectivement « NON » en 2005 et serait toujours « NON » si un référendum devait être organisé à nouveau, l’anathème n’est pas pour autant mon truc. Et tout comme je trouve grotesque les accusations de type « vous votez contre l’Europe » d’une certaine gauche (celle qui nous a planté royalement (sans jeu de mot) en 2007), je trouve tout aussi grotesque d’accuser les oui-istes (c’est ça ? quel barbarisme… comme noniste d’ailleurs) d’être des « suppôts du Grand Kapital International » ou des « traitres aux masses laborieuses ayant placé leur confiance dans le parti » et patati et patata et gnagnagna, et autres conneries d’adolescent révolutionnaire prépubère ou attardé à qui l’on recommandera d’urgence de prendre sa carte chez « l’facteur » (il recrute sec, à c’qu’il paraît). 

Car il ne faut pas se tromper de débat. Comment dire… Essayons comme ça, dans le cadre de ce « prologue » qui sera un peu long (patience, ami lecteur, patience).

Retournant ce matin sur le blog d’un ami pour voir les échos indirects à mon entrée d’hier (son blog étant réputé, j’suis tout flatté… Vanitas, etc., oui, moi itou !), j’y trouvais un commentaire très pro-européen (c’est bien !) préconisant en 2009, lors de l’élection des députés au Parlement européen, que l’on « vote selon des considérations européennes, et non pour ou contre sarkozy« … (et estimant de plus qu’en tant qu’eurocrate mon propos n’a [nécessairement donc, puisque je suis eurocrate]  « rien à voir avec le fond du problème« … mouaiii… j’vois pas le lien de causalité… que je n’en sache pas plus qu’un autre, soit; mais moins… enfin, passons…)

Vous comprenez ce que j’essaye de montrer ici, hein ? Avec tout le respect que je dois à l’auteur de ce commentaire, il pose un mauvais débat: il fait de l’Europe un objectif en soi, qui se distinguerait du débat politique classique gauche/droite, plus de social/plus de marché, débat que l’on peut effectivement réduire à « pour ou contre Sarkosy » et donc l’option politique qu’il représente, finalement (tout comme on dirait « pour ou contre Royal » si… ne rêvons pas !!!) . En d’autres termes, selon ce commentaire très révélateur, il ne faudrait regarder l’Europe que pour elle-même – et on est pour ou contre, rien d’autre, circulez, y’a rien à voir – et ce sans y mêler d’autres considérations, sociales, économiques, ou autres. L’Europe pour l’Europe, na !

C’est une très mauvaise approche de la question – et c’est rendre un mauvais service à la cause que l’on prétend défendre et qui est aussi la mienne: je suis pour l’unification européenne, j’y travaille au quotidien. Car la seule légitimité de la construction européenne, ce n’est pas la construction elle-même: c’est ce qu’elle amène (beaucoup) et n’amène pas (tout autant) aux citoyens européens. Et dans ce sens, le débat européen comme une élection présidentielle, législative, régionale, départementale ou municipale n’échappe pas – et heureusement d’ailleurs ! – aux « lois du genre »: on choisit une politique qu’un pouvoir mettra en oeuvre, on ne se prononce pas sur l’existence de la France ou d’une ville.

En 2009, je voterai donc pour une politique; et cette politique n’étant pas celle de Sarkosy et du parti qui le soutient et présentera des candidats à cette élection, je voterai donc aussi contre Sarkosy et la droite. Non pas indirectement ou accessoirement: AUSSI. Parce que voter pour ma vision économico-sociale dans un cadre européen qui ne la met pas en oeuvre, c’est aussi sanctionner (car voter pour c’est aussi voter contre, c’est la vie !) un chef de l’Etat et un gouvernement qui justement soutiennent et décident de politiques européennes auxquelles je n’adhère pas, car en ligne – et donc cohérentes – avec les orientations qu’ils défendent et mettent en oeuvre en France et auxquelles je n’adhère pas plus: car ce ne sont pas deux débats politiques distincts, c’est le MÊME.

Il est d’ailleurs étrange que ceux qui prétendent vouloir plus d’intégration européenne « nient » au terme de leur raisonnement que les politiques mises en oeuvre de haut en bas et de bas en haut se fassent écho.  Or justement elles doivent se faire écho si elle veulent maximiser leur impact: car soyons sérieux, un peu, quand même… on fait l’Europe pour rendre les orientations politiques nationales plus efficaces, pas pour amuser la galerie. Et « l’Europe qui décide » n’est donc justement pas un « Moloch » perdu à Bruxelles, distinct de nos autorités: ce sont nos gouvernements qui décident. Et en tant que citoyen européen et français, c’est donc mon gouvernement et une politique que je juge en votant, que ce soit celle qu’il met en oeuvre directement depuis Paris ou celle qu’il soutient à Bruxelles pour renforcer la sienne, et vice-versa si vous le souhaitez, peu importe. Bref, welcome in the real world du débat européen !

Débattre de l’Europe, ce n’est donc pas débattre du « sexe des anges » (L’Europe, tu la veux avec un drapeau ou sans, avec un hymne ou sans ? si-si-do-ré-ré-do-si-la) comme on le faisait dans Constantinople assiégée par les Ottomans en 1453. Oui, le débat européen est aussi un débat gauche/droite, comme l’est notre débat national, car il en fait partie: il porte sur ce que l’on veut faire avec et dans l’Europe – et donc seulement ENSUITE sur comment la faire.

Débattre de l’Europe, ce n’est pas débattre pour ou contre elle. C’est débattre des politiques que l’on mène au sein de cet espace citoyen qu’est l’Europe – qui existe d’ores et déjà, au même titre et pour les mêmes finalités (vivre mieux, quoi, tout simplement) que celui mené au sein de l’espace national ou local. Parce qu’autrement – et moi le premier – on s’en fout.

Appéhender le mini-traité – et la « Constitution » avant lui – c’est donc s’interroger sur la possibilité ou non pour les citoyens européens de pouvoir faire tel ou tel choix politique endéans cet espace, sachant qu’en cas de réponse négative, c’est leur capacité à faire ce même choix au niveau national voire local qui en est mécaniquement affecté, soit une « double négation »de leur droit inaliénables à choisir leurs gouvernants et leurs politiques. Ou si vous préférez, comment les citoyens pourraient-ils  choisir par exemple une politique de relance ici ou là, voire même ici ET là (peu importe son opportunité économique, qui est un autre débat) si le traité leur en interdit les moyens ?

C’est un débat respectable, entre gens qui se respectent.

*  *

*

POUR UNE EUROPE CITOYENNE…

SI ELLE DOIT ÊTRE DE GAUCHE (AUTREMENT ON S’EN FOUT)

– IIème partie –

Alors, dans ce cadre ainsi posé, quel est-il le débat, à gauche ? Si l’on veut bien accepter que « oui-istes » et « nonistes » de gauche ont « grosso-merdo » la même vision de la finalité (une Europe visant à répartir solidairement la croissance), il est simplement entre:

      – ceux qui font le pari qu’il y aura toujours moyen de ré-orienter l’Europe sur des politiques plus sociales, sans qu’il soit nécessaire d’en différer ou d’y assujétir son « renforcement », parce que le Parti Socialiste Européen, parce que le Parlement européen, etc..;

      – et ceux qui pensent – c’est mon cas – que les modalités de la construction européenne actuelle rendent au contraire toute réorientation plus délicate au fur et à mesure que l’on s’intègre, parce que le cadre juridique européen pose des a prioris politiques « inscrits dans la loi » qui vont dans l’autre sens et se renforcent mécaniquement à chaque « approfondissement ».
Et AUSSI parce qu’une certaine « vision française » de l’Europe (sociale et « gaulliène » pour la politique étrangère) n’est partagée.. que par la France (ou de plus en plus peu s’en faut…).

Longtemps, à défaut de me coucher tôt comme Proust, j’ai appartenu au premier groupe. Mon ralliement au second est venu sur le tard, depuis mon « antre » bruxelloise, il y a 4-5 ans.

Venant d’une approche très « enfantine » – moi aussi, j’avoue – de l’Europe (« l’Europe pour l’Europe parce que c’est beau et qu’on s’aimera tous, tralala-lala !« ) liée à mon éducation européenne (j’suis eurocrate, mais aussi fils d’eurocrate… Hé ouai…), ma transition vers le premier groupe (celui du « c’est pas rose, mais tout reste possible« ) se fit au fur et à mesure de mon intérêt grandissant envers les choses de la vie et du développement de mes opinions (ma « conscientisation » si vous préférerrez parler « ex-PCI passé au PS »), accompagné d’un « décillage » progressif au fil de mes lectures, de mes études, de mes rencontres, de mes reflexions et de mon expérience professionnelle.

Ainsi, naïvement, je cru longtemps que le projet européen, c’était (pour paraphraser un vieux livre pas trop mal foutu de Régis Debray) l’Europe contre « les Empires » – soviétique et américain, et que son édification se faisait « contre eux », ou du moins dans l’idée de proposer une « alternative », une « troisième ou quatrième voie » au Monde, autre chose que l’antagonisme des deux blocs en présence. Or historiquement, la construction européenne n’est que le rejeton de la guerre froide et la constitution d’une « première ligne de défense du monde libre » sous l’aile protectrice de Washington, permettant en particulier de sortir l’Allemagne de son statut de vaincu (et tant mieux sur ce point).

En d’autres termes, cette Europe que nous construisons est dès sa naissance « atlantiste« , « atlantisme » qui n’a eu de cesse d’aller en se développant, tout particulièrement d’ailleurs sous les gouvernements de gauche. Quand l’on songe aux développements internationaux et européens des « motions » présentées dans les congrès successifs du Parti Socialiste et à ce qu’est la « vulgate » communément admise de ses militants sur ces questions, il y a de quoi se tenir les côtes pour ne pas exploser de rire (ou de pleurs si l’on prend au sérieux cet « exercice obligé »).

Alors certes, nos pères fondateurs (les De Gasperi, Monnet, Spaak et consorts) n’avaient pas la vue aussi courte et limitée. S’appuyant comme des « passagers clandestins » (ou des « parasites » si vous êtes bolchéviques) sur le « besoin stratégique » d’une Europe plus unie à l’ouest du rideau de fer, ils mirent en oeuvre un projet bien plus ambitieux: celui de l’unification d’un continent – projet que je déclare sous serment partager à 100% (mais PLUS comme ça !) afin de m’éviter tout procès en sorcellerie hic et nunc !

Seulement il y avait un hic, justement, un « Houston, we’ve got a problem » façon Appolo XIII. Ce projet d’unification dans une Europe marquée par les méfiance issues de la guerre – quand bien même concomittentes avec les désirs de paix, ne pouvait trouver preneur « politiquement » si annoncé comme tel, comme l’echec de la Communauté européenne de défense (CED) en 1950 (la mise en place d’une « armée européenne » dans laquelle l’Allemagne serait intégrée, donc réarmée) le démontrait. La solution – géniale ! – fut donc d’opter pour une intégration d’aspects plus techniques, donc à FAIBLE teneur symbolique sur plan politique, (et donc pas la peine d’embêter les peuples pour ça, hein ? Y’ comprendraient pas…) mais qui de fait permettait indirectement d’atteindre l’objectif recherché.

Le meilleur exemple de cette approche reste la CECA, ou Communauté européenne du charbon et de l’acier. La  CED est rejetée ? Fort bien. L’intégration de la production/distribution du charbon et de l’acier interdit de fait toute guerre en Europe puisqu’il s’agit là des matières de base dont l’industrie de l’armement se nourrit. « Pas d’charbon et d’acier, pas d’canons » prophétisait Jean Monnet… anticipant le politiquement moins fort mais plus célèbre « Pas de bras, pas de chocolat » de ce « cher Corti » à Ardisson (ma jeunesse, snif…).

Devant cet indéniable succès, nos « pères » remirent le couvert avec la Communauté économique européenne (CEE – Traité de Rome). Là encore, pas d’annonce fédéraliste ou autre « grand soir européen », mais une intégration économique sur base d’un marché unique et d’une union douanière, marché unique impliquant (au contraire d’une simple zone de libre échange) des règles communes, donc une harmonisation des normes et la mise à égalité des concurrents… Ce n’est pas encore annoncé comme tels, mais pointent déjà à travers ces objectifs inodores et incolores – car il n’y pas de quoi « transporter » une foule vers le délire ou la pamoison – la disparition des monopoles publics (car c’est anti-concurrentiel) et la monnaie unique (ou du moins une forte convergences de monnaies) pour éviter tout « dumping » monétaire. Et en voiture Simone !

Bref, les début de la construction européenne sont donc marqués sous le sceau de deux caractéritiques – ou « pêchés originels » si on est « très » de gauche:

       – l’atlantisme d’une part, c’est à dire une « alliance privilégiée » avec les Etats-Unis, quand bien même « critique » – ma non tropo – parfois;

       – et un « déficit démocratique« , c’est à dire une démarche sans les peuples car « ne leur parlant pas symboliquement » puisque « technique de chez technique ». Déficit démocratique regretté par tous – même si certaines « larmes sont crocodilesques » car il était dans le même temps la condition sine qua non pour que ça marche. Si la définition de normes relatives à l’emballage de la margarine pour permettre la libre circulation dudit produit, ce n’est effectivement  pas la « prise du Palais d’Hiver » ni « l’grand soir », hein ?, et bien ça marche ‘ach’ment mieux si l’on en juge au résultat. Car les vrais (r)évolutions se font toujours par le bas: il faut relire Gramsci (même les conseillers de Bush le font…), ou plus simplement se rallier à mon Michou Rocard expliquant « qu’on n’fait pas pousser l’herbe en tirant d’sus ! »
[NDLR: je resterai un indécrottable « rocardien » jusqu’au bout, et ce que je sois contrairement à lui contre ce traité et destiné à devenir un infâme anar’ de droite (toujours mieux qu’un ex-gauchodevenant sarkosien, quand même), because la méthode d’analyse – on n’a fait rien de mieux à gauche depuis des décennies, n’en déplaise aux mythe-errant-dolâtres attardés et autres gauchistes rêveurs !].

Jusque là, les plus férus de « construction européenne » d’entre vous me diront « nothing new under the sun, on sait tout ça, tu nous emmerdes, Ducon« . Sans doute, mais ça fait du bien de le rappeler quand même ! Pourquoi ?

La suite dans la prochaine entrée !

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~ par nrs sur 7 décembre 2007.

8 Réponses to “Pour une Europe citoyenne… si elle doit être de gauche (autrement on s’en fout) – IIème partie”

  1. j’attendais ton article 🙂 pour ma revue de web

  2. Aïe… Pas encore fini. N’ai fait que le prologue de la deuxième partie tôt c’matin. Vais profiter d’la pause repas pour tenter d’finir la suite. Mais bon, tu peux déjà en parler en indiquant qu’il est en cours de finalisation et publié par « paquets » ! Uhuhuh !

    ‘rci, M’sieur !

  3. Rassurant de lire que l’europe n’est pas nécessairement un but en soi. C’est curieux de voir que la question ne semble jamais pouvoir se poser en ces termes.

  4. Parce que la manière de poser une question – donc un débat – est tout aussi importante si ce n’est plus que la réponse, parce qu’elle peut « la forcer » ou la contraindre dans un champs limité. Poser le débat en « pour ou contre l’Europe », ce n’est pas discuter du contenu des politiques européennes.
    Or tel est le vrai débat selon moi, pro-européen de toujours (sinon je ne pourrais moralement pas exercer le métier qui est le mien), mais qui voit dans la construction européenne un outil et non une fin en soi (car je n’ai pas besoin de « plus d’Europe juridique » pour me sentir « plus européen » que je le suis déjà).
    Bien à vous, Gel.

  5. 3’615ème flâneur

    … hum… Coluche disait « Un technocrate, c’est un mec que quand tu lui poses une question, eh ben quand il a fini de te répondre, tu comprends plus la question que t’as posée… » (je cite de mémoire).
    … hum… c’est quoi un eurocrate ?
    Nooooon ! réponds pas !
    J’t’adore mon vieux Nick,
    :o)
    P.

  6. Sera-t-il question de l’Europe sociale, qu’empêchent pour l’essentiel les traités actuels (cf. en particulier l’article 137 CE repris sans changement comme article 210 de feu le TCE, et que le mini-maxi-traité maintiendra sans amélioration) ?
    Hé, hé, hé !
    Suspense…

  7. @ Playtime

    Yep, une manière élégante de me tirer les cloches pour finir c’t’entrée !!! Merci, ami lecteur.

    Oui, du social, mais aussi du fiscal et de la poltique étrangère. Mais plus globalement de l’interdiction de faire certains choix politiques que notre Constitution française nous permettait de faire jusqu’alors. Voir mon commentaire de ce jour sur l’entrée précédente.

    Bien à vous

  8. Mon P, j’sais pas ce qu’est un eurocrate finalement… Ouai, j’écris compliqué, enfin long et « à la massue », mais je crois que la quetsion posée est claire. Nan ?!?

    Baille ze ouai, j’arrive plus à me connecter sur ton blog. Che passa, amigo ?

    Bise, mon P.

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