L’Europe ne sera jamais de gauche… donc je m’en fous comme de l’an 40 !

Inutile de finir cette pauvre 3ième partie de mon entrée sur l’Europe citoyenne. Inutile.

La décision est tombée hier: dans un lâche soulagement dont le soupir à résonné ici, à Bruxelles, 143 députés et sénateurs socialistes se sont abstenus au Congrès sur le vote relatif à la révision constitutionnelle, rendant ainsi possible l’adoption du mini-traité européen sans référendum par le Parlement. 143 lâches qui s’abriteront derrière les consignes et l’unité du parti socialiste – l’unité d’un parti de préférence à l’unité avec le peuple dont il est issu, cette bêtise intellectuelle qui sous d’autres cieux et d’autres temps justifiait les purges chez les bolchéviques. Les 32 qui ont voté pour ? CHAPEAU: eux au moins ont eu le courage de leurs idées ou de leurs croyances, comme les 121 qui ont voté contre.

Oui, la décision est donc tombée hier: l’Europe ne sera JAMAIS ce que nous autres, français de gauche, espérions qu’elle pourrait être un jour. Jamais, ou en tous les cas certainement pas de notre vivant. En s’abstenant, en étant incapable d’accepter l’idée toute simple que seul le peuple pouvait défaire ce qu’il a fait, en étant incapable de faire de la politique – c’est à dire de s’appuyer sur la force du « non » (55%, une paille…) pour repenser l’Europe, le Parti Socialiste s’est de lui-même condamné à ne jamais pouvoir mettre en oeuvre son programme si – par malheur – il devait revenir au pouvoir.

Par malheur, oui, je l’écris; car quitte à avoir une politique de droite ou libérale, autant qu’elle soit mise en oeuvre par ceux qui la défendent clairement: je n’ai pas envie d’un Tony Blair à Paris – et en plus on a personne qui en ai le talent. Je ne voterai donc plus JAMAIS pour le Parti Socialiste (et ça me soulage): je voterai à gauche au premier tour, pour d’autres, et irai à la piscine au second tour – car je n’aime pas la pêche et parce qu’on peut aller à la piscine même quand la météo n’est pas au beau fixe. A moins que je ne bascule à droite, définitivement, ou plus simplement dans un anarchisme kropotikinien puisque l’heure est au cynisme, au chacun pour soi. Bref, à gauche-gauche en hédoniste convaincu ou mon nombril cynique, mais plus jamais socialiste, gauche bobo qui se paye de mots pour se donner bonne conscience, car je n’ai pas envie de prendre les électeurs pour des cons en leur faisant croire aux lendemains qui chantent pour ensuite leur opposer un refus « à cause de l’Europe ». Ca sufffffffit !!!!

Vous me direz que j’exagère, que renforcer l’Europe c’est être de gauche, que d’ailleurs ça ne plait pas aux ‘ricains… Bande de niais que vous seriez.

L’Europe dont vous rêvez, vous comme moi mais au passé (car c’est fini, donc), une espèce de projection des « lumières françaises« , une « autre voie/voix » pour le monde que la politique de la canonière US, elle est morte avec l’élargissement. Car déjà qu’avant peu d’Etats membres en voulaient, aujourd’hui une majorité n’en veulent pas. Auriez vous oublié qu’une majorité d’Etat membres partirent la fleur au fusil en Irak ? Auriez-vous oublié que la France fut bien seule dans son refus – et elle l’aurait été encore plus si l’Allemagne avait eu son gouvernement actuel.

Vous me direz que le problème était que nous avions justement des gouvernements de droite. Ah bon, il est de droite Tony Blair ? Ils ne partageaient pas le pouvoir les socialistes européens dans d’autres Etats membres ? Ce n’est pas un problème gauche-droite – la droite belge était contre elle aussi, mais une question de tradition et de positionnement géopolitique: une majorité d’Etats membres considère que l’Alliance Atlantique est plus importante que la sécurité des européens par les seuls européens. Et la France avec Sarko rallie petit à petit ce mouvement. Alors voila, vous rêviez d’une « Europe contre l’Empire » ? Réveillez-vous, nous n’en sommes qu’un vassal, pas même un égal.

Vous me direz alors que justement puisque les autres n’en voulaient pas, pourquoi le leur imposer ? Et vous auriez raison…. Mais dès lors qu’ils ne veulent pas ce que nous voulions… pourquoi nous l’imposer à nous-mêmes ??? Pourquoi leur rêve contre le nôtre ? S’ils avaient effectivement le droit eux de dire « non », pouquoi nous en sommes nous privés nous – ou pour être plus précis au nom de quoi des élus de gauche on décidé de trahir le « non » exprimé à une écrasante majorité par les citoyens français (et je te dis pas ceusx de gauche là-dedans…) ? Pour permettre à nos énarques en mal de maroquins ministériels d’être « crédibles » pour leurs « dear colleagues » européens, pour rester dans « l’élite qui a la mondialisation heureuse » ?

Vous me direz qu’on n’avait pas le choix, qu’il n’y avait pas de « plan B« . FAUX: il y en avait un. Oh, je vous rassure,  pas sous la forme d’un dossier tout prêt enfoui dans un tiroir de l’un de mes collègues de la Commission. Le plan B, c’était une attitude: c’était de faire de la politique(mais si, vous savez, le machin que le PS ne sait plus faire depuis Mitterrand), c’était de monayer – comme les anglais le font au quotidien, et efficacement – le ralliement à un compromis.

L’avons nous fait ? Non. Nous autres français, tout en gloriole (surtout nos « rastignacs » en quête de palais ministériels et de prétentieuses « trâces dans l’histoiiiiiire« ), nous pensons qu’il faut être leader dans les mots (« nous faisons l’Europe, lalalalalèèèèreeeuuuu« ) là ou d’autres cherchent leur avantage immédiat et sont leaders dans les faits. C’est Paris qui aura fait ce mini-traité contre rien avec Sarko se parant de la tunique du sauveur de l’Europe qui n’en demandait pas tant, c’est Londres et Washington qui en tireront les bénéfices, comme à chaque fois.

Mais marchander quoi me direz-vous ? Mais une Europe plus soucieuse de redistribution et d’équilibre social, la bonne blague, vous savez, celle qu’on met en avant dans les programmes socialistes pour faire « de gauche », celle que nous prétendons construire depuis 50 ans. Non, vous ne voyez pas ?

Tenez, prenez la TVA par exemple, dont la droite promet la baisse depuis 1995 aux restaurateurs. Seulement voilà, il faut l’accord de tous les autres Etats membres… et on ne l’a pas. A-t-on seulement essayé de l’obtenir contre le mini-traité ? Essayé à défaut d’obtenir ? Non, même pas – alors que les anglais en décembre on fait retirer de l’ordre du jour du Conseil des Ministres (y’a même pas eu de vote, donc) des directives sociales qui ne leur plaisaient pas sous la menace… de faire un referendum sur le mini-traité (où la réponse aurait été « No, thank you« , of course)!!!

Mais là n’est pas la seule raison: il y a un autre problème colatéral. Car si on baisse la TVA (impôt injuste qui freine la consommation), encore faut-il pouvoir compenser cette perte de revenus pour l’Etat par d’autres recettes, par exemple en augmentant l’impôt (plus juste, plus de gauche donc) sur les revenus, les patrimoines…. Mais là non plus on ne peut pas, non que l’Europe l’interdise, mais tout simplement parce que là, « chacun fait ce qui lui plait-plait-plait« : les capitaux et les personnes pouvant circuler et s’établir librement en Europe, la concurrence fiscale joue à plein. Vous ne voulez rien payer ? Allez en Slovénie. Vous voulez payer moins mais rester prêts de vos affaires parisiennes, allez en Belgique en TGV – Uccle est devenu un repaire d’exilés fiscaux français. Mais la TVA, comme mon « pain bannette« , pas touche sinon j’mords !!!

Et l’on pourrait dire la même chose sur le coût du travail, donc nos systèmes sociaux, tous condamnés n’en déplaise aux congressistes consciencieux du Parti Socialiste et à ses électeurs cocus, car rendus économiquement/commercialement inefficaces par la concurrence intra-euroépenne – alors qu’ils ne l’étaient pas intrinséquement puisqu’ils servaient l’objectif recherché. Car l’Europe, c’est avant tout de la concurrence interne, où l’on se pique des parts de marché entre nous, où le moins disant social et fiscal (donc pas de gauche, hein ?) gagne à tous les coups.

Et qui va morfler ? Pas moi, ni mes copains du club des « 5% des français les mieux payés », ni nos « camarades énarques élus », mais vous, en dessous, les « ploucs », les smicards, voire même les apprentis-bobos ne bénéficiant pas de stock-options. Vous ne le saviez pas ? Non ? Damned, z’êtes crédules, trop… Optez pour l’église, elle offre le paradis à tous les coups, et laissez tomber le Parti !

Notons au passage qu’elle est d’ailleurs très étonante cette conception du marché commun, pour laquelle baisser la TVA dans les restau de Paris serait du dumping attentatoire aux intérêts des  restaurateurs de Stockholm… mais qui ne conçoit pas que le dumping de la fiscalité sur les patrimoines et les charges sociales le soit tout autant – mais il est vrai que ce ne sont que les petits qui en patissent, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer des lobbyistes à Bruxelles… Non, ne me parlez pas du Parlement européen comme de leur porte-parole, s’il vous plait, soyons sérieux, hein ?!! Et j’dis pas ça parce que c’est pas ma crèmerie: je peux aussi être sérieux !

Surprenant ? Non. Parce qu’il ne s’agit pas de construire un marché commun, point barre. Il s’agit de construire un marché commun libéral. Nuance. « Economie sociale de marché » ? Ouai, ouai, et le Père Noël avec, ok ?!

Ah chers camarades électeurs socialistes, on vous a dit et fait croire que le débat était « pour » ou « contre » l’Europe, comme si le projet européen n’était que de s’agrandir pour… s’agrandir, d’avoir plus de pouvoirs… pour en avoir plus, l’Europe pour n’importe quoi et n’importe comment tant qu’elle progresse, et peu importe dans quelle direction. Or la VRAIE question de fond à laquelle nous pouvions (sans doute pour la dernière fois – loupé !) et devions répondre, c’était « pour faire quoi » ? Quel contenu ? Quelles politiques ? En France, je peux voter pour la nationalisation de l’industrie pharamaceutique si je le souhaite – et peu importe que ce soit une mauvaise idée, inefficace: c’est mon droit de citoyen que de me tromper. Avec l’Europe, c’est un choix qui m’est interdit. Pas parce qu’inefficace: INTERDIT en vertu des règles, parce qu’idéologiquement incompatible avec ce qu’est cette Europe là. Mes droits de citoyens français ne sont pas transférés au niveau européen, ils sont amoindris et seul un résidu subsiste encore au niveau européen.

Alors quel est l’intérêt de construire une Europe qui me donne moins de droits en tant que citoyen ? Oh… parce qu’elle me permet de voyager sans passeport et sans devoir changer de monnaie ??? SU-PERRRRRRRR… mais à condition que votre pouvoir d’achât vous permette de voyager, hein ?! Et d’ailleurs il en est où le vôtre ?! Et en plus, ça marche pas avec l’Angleterre, or c’est là que j’aime faire mes soldes annuelles, because j’ai « la mondialisation heureuse » – mais sans me prendre pour une élite !

Le débat n’était donc pas celui de la construction européenne: l’Europe est un fait, un acquis, elle existe. Le débat était celui de son rôle, de son utilité, de ce qu’elle permettait de faire, de sa capacité à ne pas importer l’assymétrie entre Etats née de la mondilaisation pour la transformer en assymétrie entre classes sociales en Europe, bref d’être un lieu citoyen où TOUS les débats pouvaient être menés légitimement et les choix de la majorité mis en oeuvre.

Perdu ! Bref, camarades socialistes, vous êtes coincés, car une politique de gauche fondée sur la redistribution fiscale est devenue quasi-impossible. Pourquoi voter à gauche dès lors ? Pour le plaisir de remplacer les coucheries vulgairement people de Sarko par les affres du couple Royal-Hollande ? J’veux pas être méchant, mais bon bon, quand bien même il est vulgairement parvenu, le Sarko est quand même plus rigolo, non ? Quitte à avoir un pantin, autant s’en payer une bonne tranche !

Alors voilà, gentils bobos du Parti Socialiste…

… vous continuerez à expliquer au français qu’on fera l’Europe sociale (si, si !) tout en étant dans l’incapacité de mener de manière autonome une politique sociale de redistribution – faudra attendre que TOUS les Etats membres soient d’accord… et que l’on modifie le cadre légal européen pour ce faire. En attendant, vous vous pâmerez devant la proposition « de critères de convergence sociale » ‘ach’ment audacieuse de Mosco et des députés socialistes français au Parlement européen (qui me rappelent furieusement les idées que nous mettions en avant avec quelques jeunes andouilles socialistes il y a… 20 ans !!!)… et dont les députés socialistes (oui, eux-aussi…) des autres Etats membres se foutent complètement !!!

… vous verserez une larme de crocodile sur les coupures d’énergie que les ploucs se prendront dans la gueule tout en concourrant à la privatisation massive de ce secteur – et donc au rencherissement des prix sauf pour les entreprises, gros clients à qui on f’ra des rabais payés par vous. Car vous êtes contre la privatisationd’EDF/GDF mais ferez ce qu’il faut pour qu’elle ait lieu « parce que l’Europe » !

… vous hurlerez à la mort devant les délocalisations intra-européennes, tout en vous félicitant que d’un point de vue macro la France soit gagnante – mais c’est parce que le capital (non redistribué) gagne alors que le travail (cous tous, les ploucs) perd. Vous en avez, vous, du capital ???

… vous monterez sur vos ergots contre  le nouvel impérialisme baptiste américain, tout en allant siéger en « européens » au G8 et au Conseil de l’Alliance Atlantique pour décider comment le club des riches peut contrôler le Monde. Car vous êtes de bons petits soldats pleins de naïveté sur son ordre !

Et j’en passe, et des meilleures…

Et moi là dedans? Ben moi, fonctionnaire européen fidèle à son institution, je mettrai en oeuvre l’Europe telle qu’elle se construit, parce que je suis payé pour ça. Et qui sait, peut-être organiserai-je même des conférences où nous nous interrogerons sur le déficit démocratique de l’Union européenne et la défiance des gouvernés envers les gouvernants… tout en nous félicitant du lâche courage de ces derniers de s’être passé de l’avis des premiers (dans leur intérêt, hein ? vu qu’y pigent rien, les ploucs !) et d’avoir réussi ce que Brecht cauchemardait il y a 50 ans.

Et comme je suis financièrement à l’abris des dérives sociales de cette Europe là, je me foutrai com-plè-te-ment de ce qui arrivera à ceux d’en bas. Parce que moi, contrairement à vous, je ne prétends ni les représenter et encore moins les défendre. Scandaleux ? Indécent ? Eurocrate indigne ? Non. A la mode !!!

Et parce que ce n’est pas moi qui construit l’Europe sans les peuples, et donc finalement CONTRE eux. J’exécute, dans la bonne humeur, je ne décide pas. Vous, oui. Et mal. Car pour citer Hubert Védrine, qui est en faveur du « oui » et l’assume, tout ceci n’est qu’un déni de démocratie. Et de gauche, en plus !

Bonne journée… et bonne chance (vous en aurez salement besoin) !

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~ par nrs sur 5 février 2008.

25 Réponses to “L’Europe ne sera jamais de gauche… donc je m’en fous comme de l’an 40 !”

  1. Effectivement, c’est du brutal. Parfois un tantinet direct sur la forme, mais combien juste sur le fond. J’approuve, mon gars Nick.
    Putaaaaiiin, les Verts aussi se sont abstenus.
    Abstention: 3
    MM. Yves Cochet, Noël Mamère et François de Rugy.
    Quand à mon député, Bernard Roman, il n’a pas pris part au vote.
    je suis heureux de voir que Jean Lassalle a voté contre, je n’en attendais pas moins de lui. Manque de bol, c’est pas ma circonscription.

  2. Arg…c’est violent dis donc.
    Seule petite consolation… ma députée et celui d’à côté (les deux socialos du 14) ont voté « contre ».

    And now ?

  3. gauche,et verite???gauche et une grande misonge!!!

  4. j’ai déjà dit chez moi… tout pareil en moins bien que toi 🙂

  5. Marc,
    J’ai vu, mon grand ! Mais je n’ai pu laisser un messagge – pbl de réseau. Ai adoré la tof du Che. J’suis pas guévariste, quand même, mais c’est chouette quand même !!! 😉
    Bise
    Nick

  6. Cher Colin,

    And now ? Euh… Piscine ou guitare, en ce qui me concerne, voyages, ‘tites bouffes entre amis, parties d’jambes en l’air, j’sais pas quoi…. Gargantua plus que Pantagruel… car il faut vivre et se faire plaisir si on le peut.

    Oui, désolé, mais tout ça ne va pas m’empêcher de dormir… je ne suis plus crédule… hélas !

    Nick

  7. Bah,
    pour ceux qui n’avaient pas encore compris, cela devient de + en + clair : tant mieux. Depuis Maastricht, pourtant…
    Il est impossible de prévoir une politique budgétaire de relance sans avoir le contrôle de son déficit et de sa monnaie, donc la politique économique échappe aux élus du peuple. Et les « socialistes » (mettez les guillemets, SVP) scient la branche sur laquelle ils prétendent encore s’asseoir. ( avec les verts, précisons)
    Je vote à gauche, lalalère, pas au 2éme tour, car mon ennemi politique est la gauche libérale !
    Mais : Sarko m’inquiète, les rafles reprennent comme en 40′ !
    donc au deuxième tour, j’irai ptet voter blanc, participer à la défaite du PS en le privant de mon soutien…

  8. Julien,

    Petit désaccord personnel sur Maatricht: à 15 Etats membres, assez « cohérents » entre eux, c’était encore jouable. A 27 dans un monde déréglementé, ça devient impossible. Voir aussi les motivations avancées par Jean-Louis Bourlagnes (PPE, droite donc) à propos de son retrait du Parlement européen: c’est ce manque de cohérence dans la « vision » qu’il dénonce entre les lignes suite à cet élargissement qui a quasiment doublé le nombre d’Etats membres… donc de gouvernements à convaincre pour avancer…

    A noter que le plan B, c’est à dire l’accord conditionné à une nouvelle avancée (il faut savoir se faire désirer et faire payer qui vous désire, comme nos amis britaniques le pratiquent et avec quel succès depuis leur adhésionen 1974) eut pu aussi intégrer plus de souplesse monétaire et budgétaire. La fiscalité n’était qu’un exemple.

    Nick

  9. « La décision est tombée hier: dans un lâche soulagement dont le soupir à résonné ici, à Bruxelles, 143 députés et sénateurs socialistes se sont abstenus au Congrès sur le vote relatif à la révision constitutionnelle, rendant ainsi possible l’adoption du mini-traité européen sans référendum par le Parlement. »

    Ce n’est pas du soulagement, c’est une triste résignation à une sortie de crise par le bas.

    Elle se base sur le constat que le nonisme de 2005 s’est avéré une impasse politique (quelles qu’aient été les motivations dont certaines tout à fait valides) et qu’il était plus que temps d’en sortir.

    « 143 lâches qui s’abriteront derrière les consignes et l’unité du parti socialiste – l’unité d’un parti de préférence à l’unité avec le peuple dont il est issu, cette bêtise intellectuelle qui sous d’autres cieux et d’autres temps justifiait les purges chez les bolchéviques. Les 32 qui ont voté pour ? CHAPEAU: eux au moins ont eu le courage de leurs idées ou de leurs croyances, comme les 121 qui ont voté contre. »

    Arrêtez vos salades, ceux qui se sont abstenus ne sont pas des lâches. Ils ont eu à arbitrer entre les avantages qu’ils voyaient dans le nouveau traité et le désagrément que leur causait le non-recours au référendum décidé par Sarkozy. Et ont tranché de facto que les premiers étaient les plus importants.

    « Oui, la décision est donc tombée hier: l’Europe ne sera JAMAIS ce que nous autres, français de gauche, espérions qu’elle pourrait être un jour. »

    Oui, ce ne sera jamais l’Europe française.

    « Jamais, ou en tous les cas certainement pas de notre vivant. En s’abstenant, en étant incapable d’accepter l’idée toute simple que seul le peuple pouvait défaire ce qu’il a fait, en étant incapable de faire de la politique – c’est à dire de s’appuyer sur la force du “non” (55%, une paille…) pour repenser l’Europe, le Parti Socialiste s’est de lui-même condamné à ne jamais pouvoir mettre en oeuvre son programme si – par malheur – il devait revenir au pouvoir. »

    Que le PS soit incapable de penser, c’est un fait, mais en quoi l’UE en est-elle responsable ?

    « L’Europe dont vous rêvez, vous comme moi mais au passé (car c’est fini, donc), une espèce de projection des “lumières françaises“, »

    Oui exactement, ce ne sera pas l’europe française.

    « une “autre voie/voix” pour le monde que la politique de la canonière US, elle est morte avec l’élargissement. »

    Là vous êtes extrèmement tendre avec la France, responsable du terrible recul qu’elle a organisée au traité de Nice. C’était avant l’élargissement.

    « Car déjà qu’avant peu d’Etats membres en voulaient, aujourd’hui une majorité n’en veulent pas. Auriez vous oublié qu’une majorité d’Etat membres partirent la fleur au fusil en Irak ? Auriez-vous oublié que la France fut bien seule dans son refus – et elle l’aurait été encore plus si l’Allemagne avait eu son gouvernement actuel. »

    Il s’est formé une opinion européenne largement opposée à la guerre en Irak, y compris en Angleterre. C’est une base solide sur laquelle on peut s’appuyer.

    « Vous me direz que le problème était que nous avions justement des gouvernements de droite. »

    Oui je vous le dirais, car il y a une contradiction flagrante entre hurler contre l’économie de marché et envoyer ensuite Sarkozy comme son héraut à Bruxelles. La France est actuellement un des pays les plus à droite de l’UE, elle fait pencher l’UE vers la droite.

    « Ah bon, il est de droite Tony Blair ? Ils ne partageaient pas le pouvoir les socialistes européens dans d’autres Etats membres ? Ce n’est pas un problème gauche-droite – la droite belge était contre elle aussi, mais une question de tradition et de positionnement géopolitique: une majorité d’Etats membres considère que l’Alliance Atlantique est plus importante que la sécurité des européens par les seuls européens. »

    On peut voir aussi ça autrement : êtes-vous prêt à assumer une augmentation massive du budget militaire nécessaire à faire le fantasmé « contre-poids à l’OTAN » et donc à renoncer par exemple aux 35H ou à la sécurité sociale ? Non. La France est membre de l’OTAN depuis 50 ans, il serait temps de commencer à s’en apercevoir.

    « Vous me direz alors que justement puisque les autres n’en voulaient pas, pourquoi le leur imposer ? Et vous auriez raison…. Mais dès lors qu’ils ne veulent pas ce que nous voulions… pourquoi nous l’imposer à nous-mêmes ??? Pourquoi leur rêve contre le nôtre ? S’ils avaient effectivement le droit eux de dire “non”, pouquoi nous en sommes nous privés nous – ou pour être plus précis au nom de quoi des élus de gauche on décidé de trahir le “non” exprimé à une écrasante majorité par les citoyens français (et je te dis pas ceusx de gauche là-dedans…) ? Pour permettre à nos énarques en mal de maroquins ministériels d’être “crédibles” pour leurs “dear colleagues” européens, pour rester dans “l’élite qui a la mondialisation heureuse“ ? »

    C’est l’inverse, il y a une élite française qui a ses réseaux, ses habitudes, son carnet d’adresses, son langage à Paris et qui voit à contre-coeur son pouvoir lui échapper, son petit monde perdre de sa pertinence. Discuter à Strasbourg avec des suédois mais vous n’y pensez pas ?

    « Tenez, prenez la TVA par exemple, dont la droite promet la baisse depuis 1995 aux restaurateurs. Seulement voilà, il faut l’accord de tous les autres Etats membres… et on ne l’a pas. A-t-on seulement essayé de l’obtenir contre le mini-traité ? Essayé à défaut d’obtenir ? Non, même pas – alors que les anglais en décembre on fait retirer de l’ordre du jour du Conseil des Ministres (y’a même pas eu de vote, donc) des directives sociales qui ne leur plaisaient pas sous la menace… de faire un referendum sur le mini-traité (où la réponse aurait été “No, thank you“, of course)!!! »

    Mais là n’est pas la seule raison: il y a un autre problème colatéral. Car si on baisse la TVA (impôt injuste qui freine la consommation), encore faut-il pouvoir compenser cette perte de revenus pour l’Etat par d’autres recettes, par exemple en augmentant l’impôt (plus juste, plus de gauche donc) sur les revenus, les patrimoines…. Mais là non plus on ne peut pas, non que l’Europe l’interdise, mais tout simplement parce que là, “chacun fait ce qui lui plait-plait-plait“: les capitaux et les personnes pouvant circuler et s’établir librement en Europe, la concurrence fiscale joue à plein. Vous ne voulez rien payer ? Allez en Slovénie. Vous voulez payer moins mais rester prêts de vos affaires parisiennes, allez en Belgique en TGV – Uccle est devenu un repaire d’exilés fiscaux français. Mais la TVA, comme mon “pain bannette“, pas touche sinon j’mords !!! »

    C’est très cohérent : d’un côté on réclame à grand cri l’harmonisation fiscale, d’un autre côté on couine aussi fort dans les cas peu nombreux où elle est réalisée (assiette de la TVA, la restauration n’étant pas considérée comme un produit de première nécessecité).

    Il faut y réfléchir à deux fois avant de crier à l’harmonisation fiscale. La possibilité de décider du montant de l’impôt qu’on souhaite consacrer à financer aux services publics est le fondement même de la démocratie (c’est pour cela qu’on a créé les parlements). Une piste : on pourrait commencer par démanteler les pratiques fiscales qui relèvent du dumping et sont discriminatoies. La commission européenne en a repéré une vingtaine (de mémoire) rien qu’en France.

    « Et l’on pourrait dire la même chose sur le coût du travail, donc nos systèmes sociaux, tous condamnés n’en déplaise aux congressistes consciencieux du Parti Socialiste et à ses électeurs cocus, car rendus économiquement/commercialement inefficaces par la concurrence intra-euroépenne – alors qu’ils ne l’étaient pas intrinséquement puisqu’ils servaient l’objectif recherché. Car l’Europe, c’est avant tout de la concurrence interne, où l’on se pique des parts de marché entre nous, où le moins disant social et fiscal (donc pas de gauche, hein ?) gagne à tous les coups. »

    Grand malin, c’est le capitalisme mondial qui est comme ça. La Tunisie et la Chine ne sont pas dans l’UE que je sache ? Sommes-nous pour autant préservés de la concurrence ou des délocalisations vers la Chine ou la Tunisie ?

    Si l’UE c’est de la merde, je suis sûr que vous avez une meilleure solution non ?

    « Surprenant ? Non. Parce qu’il ne s’agit pas de construire un marché commun, point barre. Il s’agit de construire un marché commun libéral. Nuance. “Economie sociale de marché” ? Ouai, ouai, et le Père Noël avec, ok ?! »

    Evidemment, quand les mots (« libéral ») ne veulent plus rien dire, on peut les mettre à toutes les sauces et chacun y voit son plus grand rêve ou son pire cauchemard.

    Quand on fait un Zollverein, enlever les barrières intérieures douanières ou non douanières n’est ni libéral ni keynésien ni quoi que ce soit. C’est juste l’évidence même. En 1982, dans le marché intérieur français, la gauche du Programme Commun n’a pas non plus instauré de barrières entre Brest et Strasbourg. Il en va de même aujourd’hui entre Lisbonne et Varsovie.

    Après je veux bien concéder que la lutte contre les monopoles (Microsoft) ou oligopoles (opérateurs téléphoniques condamnés et contraints à respecter un eurotarif) menée par la commmission européenne est d’inspiration libérale. Mais personellement je trouve que c’est une bonne chose. Reste la question des services publics sur laquelle la jurisprudence a évoluée heureusement (arrêt Altmark & cie) et le traité de Lisbonne donne la base juridique qui permettra d’avancer.

    « Ah chers camarades électeurs socialistes, on vous a dit que le débat était “pour” ou “contre” l’Europe, comme si le projet européen n’était que de s’agrandir pour… s’agrandir, d’avoir plus de pouvoirs… pour en avoir plus, l’Europe pour n’importe quoi et n’importe comment tant qu’elle progresse, et peu importe dans quelle direction. »

    J’entends par exemple geuler contre l’ « Europe technocratique ». Pourquoi alors refuser de donner plus de pouvoir aux élus ? Réformer le mode de calcul de la majorité, étendre le champ de la codécision, renforcer le parlement européen, permettre aux parlements nationaux de mettre le hola quand l’UE transgresse le principe de subsidiarité, donner le droit d’initiative constitutionnelle au parlement européen, organiser des Conventions plutôt que les seules Conférences Inter-Gouvernementales pour traiter tous les traités, tout ça devrait être vu d’un bon oeil non ? Et je rajouterais à la liste le combat à mener pour que les traités soient ratifiés par référendum pan-européen.

    « Or la question de fond, c’était “pour faire quoi” ? Quel contenu ? Quelles politiques ? En France, je peux voter pour la nationalisation de l’industrie pharamaceutique si je le souhaite – et peu importe que ce soit une mauvaise idée, inefficace: c’est mon droit de citoyen que de me tromper. Avec l’Europe, c’est un choix qui m’est interdit. Pas parce qu’inefficace: INTERDIT en vertu des règles, parce qu’idéologiquement incompatble. Mes droits de citoyens français ne sont pas transférés au niveau européen, ils sont amoindris et seul un résidu subsiste encore au niveau européen. »

    Vous voulez dire que via la construction européenne, les états se mettent d’accord sur des règles qui les empêchent de mettre en place des mauvaises idées inefficaces ? C’est grave ?

    Et quand c’était le capitalisme mondial qui vous empêchait de faire ce genre de choix ? Vous vous rappelez les spéculations sur le franc et leurs conséquences (1 millions d’emploi en moins par exemple en 92-93) ? Vous pensez que s’il n’y avait pas eu l’euro, la France aurait pu se permettre de créer une crise frontale avec les Etats-Unis sans en payer le prix fort ? Vous êtes bien optimiste.

    « Alors quel est l’intérêt de construire une Europe qui me donne moins de droit en tant que citoyen ? Oh… parce qu’elle me permet de voyager sans passeport et sans devoir changer de monnaie ??? »

    Oui c’est super la fin des frontières. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, elle rend caduc sur le long terme les nationalismes.

  10. Cher JmFayard,

    J’ai adoré votre commentaire. Vos points étant nombreux, je n’en reprendrai que 2, complémentaires et contradictoires à la fois, avant de faire un commentaire plus général:

    – oui, ce n’est pas à des Etats de se mettre d’accord sur les politiques que je suis en droit de décider en tant que citoyen. Et oui, en tant que citoyen, j’ai le droit de me tromper dans mes choix. Car enfin quel est donc ce principe démocratique par lequel on viendrait m’interdire cela ? Que diriez vous si l’Europe était « bolchévique » et viendrait vous interdire de choisir une politique libérale ? Vous seriez content car « l’Europe progresse » ? Je ne le crois pas.

    – des référenda pan-européens ? Super !!! Mais pourquoi ne commençons nous pas dès maintenant ? Pourquoi demain ??? Pourquoi pas sur ce mini-traité ? Etrange là encore cette conception de la démocratie, où on la promet pour demain en la niant aujourd’hui (et sachant que votre affirmation est un peu apide sur ce point là).

    Pour le reste, ai-je nié la construction communautaire et son intérêt ? Non. Ai-je nié l’Euro ? Pas plus. Et j’irai même plus loin: dans 10 ans l’on considèrera que l’élargissement et cette nouvelle étape dans la construction européenne auront été un succès… en tous les cas « globalement », au niveau macro. Mais au niveau micro, au niveau des « gens », ceux que l’on prétend servir ? LA précarité gagne chaque jour du terrain en Europe, ne le saviez vous pas ?

    Moi, je conteste tout simplement que cette Europe avance sans les peuples, et que les peuples – surtout de gauche – croient y voir ce qui n’y est pas. Et dans ce sens, et avec respect, vos 2 points susmentionnés traduisent aussi cette vision: on n’aime les peuples que lorsqu’ils répondent comme on le souhaite. Or faire de la politique, c’est aussi se confronter à ce qui fâche plutôt que de le nier en le méprisant, c’est aller au-devant des difficultés.

    Alors désolé, un projet européen bâti dans le dos de 55% des français, ce n’est ni ma conception de la démocratie, ni ma conception de l’Europe. Que ce soit les vôtres est votre choix.

    Bien à vous,

    Nick

    PS: les 143 sont des lâches, ne vous en déplaise, car gouverner c’est choisir. S’abstenir, c’est ne pas avoir d’opinion, point/barre. Je n’ai du respect que pour ceux qui ont exprimé un choix, pour ou contre. Votre appéciation se fonde sur le fait que vous êtes pour ce traité et que cette abstention en facilite l’adoption – et c’est votre droit, sur votre « avantage », pas sur une analyse objective de la situation.
    Car enfin, s’abstenir sur un changement de Constitution ??? S’abstenir sur une opération affectant, en bien ou en mal, les droits CONSTITUTIONNELS des citoyens ??? Là encore, cher JmFayard, si cette réforme vous aurait VOUS privé d’un droit vous tenant à coeur, écririez vous la même chose ? Tolèreriez-vous que comme Moscovici je vous déclare qu’il ne s’agirait là que d’une question technique ???
    Moi, en toute circonstance, j’écrirais alors la même chose: parce qu’européen élevé dans ce milieu, entré en « eurocratie » comme on entre en religion, je crois en l’Europe citoyenne… même lorsqu’elle décide contre moi. Je ne suis pas Voltaire, mais je pense comme lui.

    N.

  11. Cher JmFayard,

    Une réponse quand même à cet autre point:

    « Grand malin, c’est le capitalisme mondial qui est comme ça. La Tunisie et la Chine ne sont pas dans l’UE que je sache ? Sommes-nous pour autant préservés de la concurrence ou des délocalisations vers la Chine ou la Tunisie ?

    Si l’UE c’est de la merde, je suis sûr que vous avez une meilleure solution non ? »

    Outre que je vous remercie pour le « grand malin » (pourquoi, vous pensez l’être plus que moi peut-être ?), je me dois de vous avouer que je ne vous ai pas attendu pour savoir que le capitalisme génère des débordements, hein ?
    Mon point est de savoir si l’Europe essaye de nous en protéger, car c’est ce que l’on escomptait d’elle… Et la réponse est non, ou peu, car d’un point de vue macro, l’Europe est gagnante dans la mondialisation … mais ce gain n’est pas restitué à ceux qui y paument leur emploi (pas votre cas, ni le mien). Au contraire, le gain se concentre même au fil du temps dans un segment minoritaire de la population: le renversement 60/40 vers 40/60 de la part capital/travail dans la richesse française en est une très bonne illustration. S’il y a une assymétrie entre Etats développés et non développés dans la mondialisation qui favorise l’Europe, il y a aussi une assymétrie dans la distribution des gains de la mondialisation au sein es Etats riches. Je sais, Stiglitz est certainement aussi un « grand malin », mais c’est comme ça, ne vous en déplaise.

    Est-ce la faute de l’Europe ? Non, car ce n’est effectivement pas à elle d’organiser cette redistribution de la richesse, mais aux Etats. Mais oui, c’est aussi de « sa » faute car le cadre légal qu’elle impose, par des règles ou par l’absence de règles, rend de plus en plus délicat cet exercice pour les Etats, sauf à prendre le risque de perdre leur compétitivité dans le marché intérieur. C’était l’objet de mon point sur la fiscalité.

    Pour le reste, allez, deux autres commentaires pour en finir:

    – si vous pensez que mes droits de citoyens s’agissant des services publics sont mieux préservés par la Cour de Justice que par MA constituion et par les lois de MON Etat votés par MES députés… Désolé, mais en tant que bon franchouillard je ne suis pas un adpete d’une société qui avancerait au gré des opinions de magistrats nommés. Je sais que c’est furieusement tendance chez les anglo-saxons, mais je reste un indécrottable juriste continental partisan des lois et des codes adoptés par le législateur.

    – oui, l’Europe ne sera pas française. Parce qu’elle est devenue fondamentalement anglo-saxonne. Croyez vous que nos compatriotes s’en félicitent ? Aïe, ben on n’en sait rien… puisqu’on ne veut pas les consulter 😉

    Bien à vous,

    Nick

  12. Nick,

    Tout d’abord, ma réponse a été rédigée en mode « réaction à fleur de peau » d’où les « gros malins » que j’aurais pu/du éviter.

    Je suis chatouilleux quand on lance un thème du style «  »l’entrée de la Roumanie dans l’UE va accélérer les délocalisations » »[1] car, ce n’est pas que pure rhétorique, le capitalisme mondial n’a aucun besoin de l’union européenne pour mettre en concurrence les états entre eux, et le fait effectivement avec la Tunisie ou la Chine. En revanche les citoyens ont besoin d’une Europe politique pour imaginer la riposte, en imposant des règles sociales et environnementales à la mondialisation. Moi aussi, je suis partisan d’une Europe qui se protège, par exemple en augmentant les droits de douane des pays qui ne respectent pas REACH ou ne font pas d’efforts pour atteindre les objectifs de Kyoto. Bien entendu, tout cela est très difficile à mettre en place.

    Le malentendu majeur qui m’agace, c’est que faute de pouvoir taper sur le capitalisme mondial qui s’est émancipé des états, les citoyens préfèrent taper sur l’UE qui elle est vulnérable car fruit d’un processus démocratique consensuel. Or le capitalisme mondialisé lui se passerait très bien de la construction d’une Europe politique, ce sont les citoyens qui en ont besoin !

    Sur [1], je ne dis pas que c’était le fond de votre point de vue que je comprends, et dont je retiens notamment le diagnostic sur les bénéfices macros qui peuvent cacher un peu plus de misère en bas de l’échelle.

    Sur la question du référendum pan-européen : j’ai découverte cette idée début 2006 quand je cherchais un moyen de sortir par le haut de la crise qui s’est cristalisée le 29 mai 2005. Je suis tombé sur une exhortation datée de 2004 (4 ans déjà !) dans laquelle Daniel Cohn-Bendit faisait cette exhortation aux gouvernements à la suite de la convention et avant la CIG. Lumineuse ! Depuis, je défends cette idée à ma modeste mesure chaque fois que j’en ai l’occasion. J’ai beaucoup apprécié le travail qu’a fait ensuite Gérard Onesta sur cette base : dans son « Plan A+ », il reprenait l’intégralité du contenu du TCE (because 18 OUI vs 2 NON, le verdict est clair) mais le délayait en deux documents : une Constitution contenant toutes les méta-règles sur lesquelles on se met d’accord pour décider de lois ; et un Traité récapitulant l’ensemble du cadrage des politiques européennes que nous a légué l’Histoire. Une fois ce GROS travail de clarification fait – car il ne suffisait en fait pas de distinguer « partie 1 et/ou 2 vs 3 et 4 » mais il fallait aller faire l’inventaire à l’intérieur de chaque partie et même à l’intérieur des articles – il apportait une innovation cruciale : une modification des règles de révision du Traité et de la Constitution, le premier approuvé par la méthode parlementaire et le second par référendum pan-européen.

    http://www.onesta.net/planA+.html

    Depuis, chaque fois que j’en ai l’occasion, je défends à ma modeste mesure cette idée. Evidemment, ce n’est hélas pas d’actualité pour le traité de Lisbonne (3 pays ont déjà ratifié). Est-ce que je suis optimiste ou pessimiste sur la possibilité d’y parvenir un jour ? Ni l’une ni l’autre : je suis résolu à oeuvrer pour. Cela prendra le temps qu’il faudra mais on a bien réussi à faire élire le parlement européen au suffrage universel direct malgré l’opposition initiale de la France (qui avait exigé qu’il n’ait aucun pouvoir et qu’il soit composé de parlementaires nationaux n’y voyant qu’un intérêt honorifique), pourquoi ce combat là ne réussirait-il pas ?

  13. Il nous reste comme recours le dépot de plainte auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme :
    http://souk-fares.blogspot.com/2008/01/je-porte-plainte-auprs-de-la-cedh.html

    La question de la destitution de Nicolas Sarkozy doit également être sérieusement posée. Va-t-on devoir supporter pendant encore 4 ans ces frasques, cette politique médiocre et ces trahisons ? Ou bien va-t-on militer dès maintenant auprès de nos représentants pour obtenir sa destitution au plus tôt ?

  14. ALors, reprenons :
    « 18 OUI vs 2 NON, le verdict est clair » = Faux, c’est 2 non et 2 oui. Et bizarrement nos ouiouistes de dirigeants ont suspendu tout référendum dès qu’il s’est avéré que le score risquait d’être encore plus à leur désavantage.

    « l’entrée de la Roumanie dans l’UE va accélérer les délocalisations » Hé oui. Ne vous en déplaise, c’est la réalité car l’Europe fait tout pour cela (et pas qu’avec la Rouman5e). Et rien pour protéger de la mondialistation chinoise ou autre.

    Le référendum Pan-Européen : superbe idée mais sans aucune valeur pratique surtotut quand l’Europe s’ssied sur les résultats des référendums qui lui déplaisent.

    D’une manière générale, il faut aller au delà des beaux discours sur la générosité, l’amour et la paix dans le monde que nous sert l’Europe et regarder le concret : précarisation généralisée en Europe, destruction des systèmes sociaux mais surtout atteintes de plus en plus évidentes aux démocraties. Ca suffit !

    Je voulais l’Europe mais entre la liberté et l’Europe, je préfère la liberté.

  15. Cher JM,

    Je vous répondrai plus longuement dans ma prochaine entrée, ce soir ou demain, selon mon emploi du temps.

    Bien à vous,

    Nick

  16. à nrs

    C’est noté

    à Laurent_K

    « « 18 OUI vs 2 NON, le verdict est clair » = Faux, c’est 2 non et 2 oui. »

    Faux, c’est 18 OUI et 2 NON.

    Ça ne change rien au passé (le TCE est caduc : les 2 NON sont deux vétos) ni au futur (un scrutin tranché par référendum européen aurait un tout autre visage), mais je tiens au principe qu’un vote du congrès et un vote par référendum ont une légitimité égale pour ratifier un traité international (cf constitution française) et que le OUI allemand n’a pas moins de valeur que le NON français.

    « Et bizarrement nos ouiouistes de dirigeants ont suspendu tout référendum dès qu’il s’est avéré que le score risquait d’être encore plus à leur désavantage. »

    Ça n’a rien de bizarre, c’est dû au fait que Maastricht n’est révisable qu’à l’unanimité et que donc le NON français suffisait à condamner tous les autres pays. Alors organiser un vote alors qu’on sait d’ores et déjà que son opinion ne sera, ne pourra pas être prise en compte… Déjà pour un vote parlementaire, c’est rageant, mais alors pour un scrutin aussi lourd en organisation et en conséquences politiques potentielles qu’un référendum ! Malgré tout le Luxembourg l’a fait.

    « Le référendum Pan-Européen : superbe idée mais sans aucune valeur pratique »

    Est-ce aussi ce que vous dîtes à Etienne Chouard quand il propose aux gouvernements de se déssaisir totalement (!) de la négociation des traités au profit d’une Constituante (!) élue par tirage au sort (!) – déjà qu’ils ne voulaient pas d’une Convention pour l’avenir de l’Europe dont ils n’ont du accepter le principe qu’à contre coeur après avoir été stigmatisés pour leur échec de Nice et dont ils n’ont consenti à reprendre une partie des travaux qu’après avoir vu leur train botté par le peuple espagnol via Aznar ?

  17. Très cher Nick,

    Un petit commentaire sur la forme ; je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’importance des mots dans toute analyse/démonstration.
    Or, les vôtres empruntent parfois au vocabulaire de la « propagande » … et c’est dommage !
    Quelle propagande ?
    Celle qui place sous votre plume, affûtée par ailleurs, le mot « charges sociales » (suggérant la pesanteur) en lieu et place de « cotisations » (ouvrant droit à des prestations (santé, retraite, …).
    Celle qui vous fait nommer « mini-traité » ce qui n’en est pas un, loin s’en faut !
    Tout ce vocabulaire cher au Médef, à la droite et/ou aux médias à leurs ordres.
    N’a-t-on pas entendu et lu partout que le nouveau traité était « simplifié », « mini », (rassurant quoi !) exactement comme le peuple, dont on veut tromper la vigilance, a envie qu’il soit et surtout, tellement conforme aux promesses faites par le candidat Sarkozy.
    Changer les mots pour changer l’idée que l’on se fait des choses.
    Les néolibéraux n’ont rien inventé, tout est dans « 1984 » de G. Orwell.
    La novlangue leur permettra de diriger le monde si nous n’y prenons garde.

    A cette (minime) remarque près, c’est peu de dire que j’ai apprécié votre texte.

    Il cible bien le principal adversaire de l’Europe sociale qu’est devenue au fil des traités la Social Démocratie européenne.
    Au moment où elle enregistre ses plus cinglantes déroutes électorales (chute du bastion suédois notamment) au fur et à mesure que les peuples européens découvrent dans leur vie quotidienne les dégâts créés par ses politiques de soumission au néolibéralisme (en novlangue cela se dit « ajustement », « adaptation au monde tel qu’il est » ou mieux, modernisation !),
    Au moment où elle n’accède plus au pouvoir que par l’indignité et/ou le fiasco de ses adversaires (Italie, Portugal) ou bien grâce à un événement imprévu (attentat de Madrid en Espagne),
    Au moment ou le néo-travaillisme britannique ne se maintient que grâce à un système électoral fort singulier (36% aux dernières élections) et un financement qui ne l’est pas moins (indigne !),
    Au moment où, en Allemagne, le SPD préfère s’allier avec la CDU-CSU pour gouverner sous la direction de ses (soit disants) adversaires au lieu d’accepter les 4 malheureuses concessions que demandait « Die Linke » pour former avec les Verts une « Gauche plurielle » majoritaire au Bundestag (concessions aux quelles il est en train de se rallier après son coup de barre à Gauche du congrès d’automne 2007, tentative pour enrayer sa chute libre dans les sondages),
    une aile importante du PS nous déclare sa flamme pour ce mouvement européen.

    Vu ce que j’ai lu de lui, ici et ailleurs, je ne crois pas trop m’avancer en disant que jmfayard a quelques sympathies pour lui … ceci explique cela.

    Depuis le débat référendaire (de 2005 mais, inutile de préciser puisque les mêmes nous en ont privé en 2008) les DSK, Moscovici (signataire parjure d’Amsterdam, négociateur de Nice, inspirateur de l’élargissement … et donneur de leçons), Cambadélis, Delanoë, …
    nous rebattent les oreilles avec ce mouvement ultra majoritaire dans la « Gauche » européenne et s’en réclament sans complexe (en oubliant, dissimulant, ou niant l’énumération des faits récents qui précède).

    Un mouvement si moderne qu’il n’a pas encore tiré toutes les conséquences de la dernière mutation du Capitalisme.
    Qui n’a pas réalisé que le capital, totalement nomade depuis la déréglementation financière de 1986, et grâce aux délocalisations massives n’est absolument plus tenu au compromis social, fond de commerce historique de la Social Démocratie.
    Le glissement de plus de 10 points de PIB de la rémunération du travail vers celle du capital constaté dans toutes les nations européennes depuis 20 ans, montre à quel point le capital fait les poches de l’état social et contribue ainsi à créer un véritable tiers monde interne à l’Union européenne.
    Comment ce prestigieux mouvement peut-il soutenir avec zèle (je ne parle pas des SD français qui sont tenus, au moins à Paris, (à Bruxelles les langues se délient !) à une bien hypocrite réserve) un traité de L’UE qui prône le libre-échange sans condition (et ça, c’est une disposition nouvelle contenue dans feu le TECE issue d’aucun traité antérieur et reprise dans Lisbonne), qui le promeut via son négociateur à l’OMC, qui l’impose aux pays tiers via sa politique de plans d’ajustements structurels du FMI (ça, dans les pays émergents ça veut dire privatisations et exportations obligatoires).

    Le jour où les citoyens européens auront compris que l’intérêt des citoyens de l’UE n’est pas confondu (il peut même parfois être exactement inverse) avec l’intérêt des entreprises multinationales issues de l’UE, alors j’espère qu’il s’en trouvera quelques uns pour aller informer les Soc Dem de leur découverte car je suis certain que, dans leur aveuglement, ceux-ci seront les derniers à le réaliser (petit tacle méchant qui ne fait pas avancer le débat mais qui soulage le misérable radical que je suis ! « Radical (petit Robert) : qui vise à agir sur la cause profonde des effets qu’on veut modifier », autant dire bien éloigné de l’action de la Social Démocratie).

    A jmfayard, il y aurait tant à dire sur vos propos dont certains sont tout de même particulièrement choquants de la part de quelqu’un qui (j’imagine) se perçoit à Gauche mais raisonne avec une certaine mauvaise foi (18 vs 2) et surtout, d’authentiques fondamentaux de Droite : « soyons pragmatiques ! ». La règle est injuste et défavorable au plus grand nombre, appliquons la règle !
    Le capital mène le monde pour le plus grand profit d’une infime minorité totalement incontrôlable démocratiquement, au détriment de l’intérêt social et environnemental des habitants de cette planète, adaptons nous à ce monde-là !
    C’est-à-dire achevons la construction d’une Europe qui est à l’origine de ce vaste mouvement, le promeut et l’impose idéologiquement partout pour le seul intérêt qu’elle sert : le capital. Une Europe qui rend toujours plus difficile les politiques déviantes du dogme que Nick décrit très bien (qui prétendait même les rendre anticonstitutionnelles si le TECE dont vous étiez partisan était passé), qui fait de la concurrence l’alpha et l’oméga de toute activité humaine.
    Sur un domaine où la concurrence pourrait/devrait ne pas s’appliquer, je vous cite ;
    « Reste la question des services publics sur laquelle la jurisprudence a évoluée heureusement (arrêt Altmark & cie) et le traité de Lisbonne donne la base juridique qui permettra d’avancer. »
    Je vous invite à lire attentivement (c’est-à-dire par vous-même, sans rabâcher la propagande sociale démocrate) l’article du Traité de Lisbonne qui convoque votre optimisme. Lisez bien les mots et vous y verrez l’escroquerie (habile jonglage entre SIG et SIEG) que les sociaux démocrates, complices, ne peuvent pas ne pas avoir vu.
    Votre optimisme va en prendre un coup ! à moins que votre aveuglement …
    Bonne lecture

    A votre question, cher Nick ;
    « Mais dès lors qu’ils ne veulent pas ce que nous voulions… pourquoi nous l’imposer à nous-mêmes ??? Pourquoi leur rêve contre le nôtre ? ».
    Ma réponse : la France et les français doivent rentrer dans le rang, être nor-ma-li-sés, et les sociaux démocrates français sont là pour nous y aider en trahissant le peuple s’il le faut, c’est désormais prouvé.

    Si, intellectuellement, je me suis régalé à la lecture de votre texte (je n’ai pas encore lu les précédents) il n’en demeure pas moins que le constat est noir.
    Aussi voudrais-je terminer sur une perspective moins sombre.

    Peut-être le salut viendra-t-il d’un effondrement du système financier que Pierre Larrouturou (un vrai socialiste) pronostique pour bientôt.
    Peut-être un événement écologique indiscutable viendra siffler la fin de la récréation néolibérale.
    La parodie de communisme à l’Est a mis 72 ans pour s’effondrer et sa chute a entraîné le capitalisme vers une autre forme de parodie qui est promis, j’en suis convaincu, au même avenir …et la bonne nouvelle, c’est que nous n’attendrons pas 70 ans pour le voir !

    Bien amicalement,
    MM

  18. à MM,

    Je crois que je vais avoir besoin de votre aide, parce qu’avec mes propres yeux et ma capacité de compréhension limitée, je crois retrouver les fameuses modificaions obtenues en 2004 par la confédération européenne des syndicats (et les néerlandais qui en avaient marre d’avoir la commission européenne sur leur dos depuis des années en matière de logement social)

    ———
    ARTICLE 14 TFE

    Sans préjudice de l’article 4 du traité sur l’Union européenne et des articles 93, 106 et 107 du présent traité, et eu égard à la place qu’occupent les services d’intérêt économique général parmi les valeurs communes de l’Union ainsi qu’au rôle qu’ils jouent dans la promotion de la cohésion sociale et territoriale de l’Union, l’Union et ses États membres, chacun dans les limites de leurs compétences respectives et dans les limites du champ d’application des traités, veillent à ce que ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions, « notamment économiques et financières », qui leur permettent d’accomplir leurs missions.

    « Le Parlement européen et le Conseil, statuant par voix de règlements conformément à la procédure législative ordinaire, établissent ces principes et fixent ces conditions, sans préjudice de la compétence qu’ont les États membres, dans le respect des traités, de fournir, de faire exécuter et de financer ces services. »
    ———

    (en « … » les modifications).

    Il y a aussi un nouveau protocole qui définit mieux ce que sont les « valeurs communes de l’Union concernant les services d’intérêt économique général » :

    ——-
    – le rôle essentiel et la grande marge de manoeuvre des autorités nationales, régionales et locales dans la fourniture, la mise en service et l’organisation des SIEG d’une manière qui réponde aux besoins des utilisateurs;
    – la diversité des SIEG et les disparités qui peuvent exister au niveau des besoins et des préférences des utilisateurs en raison de situations géographiques, sociales ou culturelles différentes;
    – un niveau élevé de qualité, de sécurité et d’accessibilité, l’égalité de traitement et la promotion de l’accès universel et des droits des utilisateurs.
    ———

  19. à JM Fayard,

    Je ne vous ferai pas l’injure de vous expliquer ce que veut dire « c’est 2 non et 2 oui », je suis certain que vous comprenez parfaitement le sens de ma remarque. A l’inverse, en poussant votre logique uniquement parlementaire jusqu’au bout, on arrive à 20 « oui » puisque les parlements français et hollandais soutenaient le traité. Les référendums ont donné des scores sensiblement différents ce qui démontre bien que kes parlements n’étaient pas représentatifs sur ce point.

    Par ailleurs, « un vote du congrès et un vote par référendum ont une légitimité égale » est inexact : ils ont une légalité équivalente en droit français mais le référendum est bien plus légitime puisque tous les citoyens peuvent s’exprimer. Et cette différence entre légitimité et légalité, l’UE n’a pas fini d’en souffrir avec chacune de ces décisions qui sera remise en cause par manque de légitimité.

    Et c’est cette différence fondamentale entre légalité et légitimité qui me pousserait à soutenir l’idée d’une assemblée pan-européenne constituante élue au suffrage universel direct (et pas par le tirage au sort si cher à Etienne Chouard) car elle aurait la légitimité pour elle. A condition que les peuples puissent ensuite se prononcer chacun pour ou contre par référendum. Et comme je sais aussi que cette assemblée n’a pour l’heure aucune chance de voir le jour, ce n’est qu’une belle idée sans portée pratique.

    Par ailleurs, je vous ferai remarquer que lorsque les Danois ont dit non au traité de Mastricht en juin 1992, les référendums n’ont pas subitement été arrêtés. C’est bien la peur d’autres non qui a fait arrêter le processus de ratification du TCE et pas le droit de véto français et néerlandais (sur lequel nos représentants viennent de s’assoir soit dit en passant).

    Cette Europe, loin du rêve auquel j’ai longtemps adhéré, est devenu un danger pour notre démocratie. Nos démocraties, devrais-je dire. Et je vous invite à lire le texte d’Europe2020 sur http://www.europe2020.org/spip.php?article49&lang=fr écrit en 2002 pour mesurer les conséquencess possibles de cette évolution. Malheureusement, ce site s’est montré jusqu’ici extrêmement efficace dans ses prévisions (si vous jouez en bourse, jetez-y un oeil, ils avaient anticipé depuis longtemps la crise des subprimes).

  20. Ah non Laurent_K, absolument pas d’accord avec vous.

    Dire qu’il y a une « différence fondamentale entre légalité et légitimité », c’est reprendre à son compte l’opposition radicale que faisait Maurras entre « pays légal » et « pays réel ».

    Je crois qu’on doit rejeter fermement cette opposition lorsque le pays est démocratique : puisque il est possible de déplacer démocratiquement la frontière entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, si quelquechose est _réellement_ légitime mais pas encore légal à une date donnée, il devrait se trouver à moyen terme une majorité qui modifiera la loi (y compris la loi fondamentale) dans le sens en question. (J’espère bien que ce sera la cas pour le référendum pan-européen par exemple).

    Sinon, légitime, ça ne l’était certainement pas tant que ça.

    Et justement, il faut rappeler les raisons pour lesquelles les sbires de De Gaulle ont introduit le recours au référendum en France : ce n’était pas tant pour permettre « plus de démocratie » comme c’est souvent implicitement pris pour acquis que pour permettre au monarque républicain, seul maitre du choix de la question et du moment de la poser, d’assoir son autorité au cas où le parlement s’avèrerait trop effronté. Plutôt une optique de plesbicite donc. D’où le fameux « le référendum en France, ça ne sert pas tant à répondre à la question posée qu’à celui qui la pose »… qui pose un _gros_ problème dans le cas de la ratification des traités européens où la popularité ou impopularité de l’exécutif national devrait être totalement hors sujet.

    ———

    (Sinon, tout le monde avait prévu en effet une crise aux états-unis vu les déséquilibres gigantesques qui s’accumulaient, le tout éant de savoir la forme qu’elle prendrait. Pour le traité de Maastricht servant à créer l’euro, pour les danois il y avait un plan B : ne pas être contraint de participer à l’euro mais laisser les autres le fairer. Comment voulez-vous permettre à la France de ne pas participer à la réforme du vote majoritaire, à l’extension des pouvoirs du parlement, … ?)

  21. En démocratie, le pouvoir vient du peuple. Il est représenté par ses élus pour les affaires courantes mais lorsque l’ensemble du peuple prend une décision par référendum, les élus mêmes pas d’accords doivent s’incliner. C’est l’inverse qu’ils ont fait avec une mauvaise foi évidente et une absence de légitimité totale.
    Et les raisons de l’introduction du référendum en France ne changent rien à ce fait.

    Quand à rendre légal le rejet du TCE/traité de Lisbonne, ça va finir par arriver vue l’attitude de nos dirigeants. L’Europe aura alors tout gagné. Mais peut-être est-ce le but de la manoeuvre ?

    PS : pour les Danois, vous parlez d’un plan B mais pas pour le TCE ? Nos géniaux dirigeants n’y auraient pas pensé ? Ben voyons…

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