Larmes nocturnes

Je me suis réveillé en sursaut à 1h30 ce matin, en pensant à ma fille ainée, Juju, et à ces 3 années sombres qui se sont clôturées au printemps dernier mais dont il reste des remugles, from time to time.

Hier soir, la retrouvant chez sa mère après mes 10 jours de virées désertiques, je l’ai « grondée » parce que dans son excitation à me revoir elle me sautait dessus (une vraie boule d’énergie, ma Juju) tout en balançant les « gros mots » qu’elle apprend à l’école, entre « pipi » et « caca », et autres bêtises de son âge. Gentillement certes, mais en oubliant qu’elle n’a pas encore 6 ans… Fatigué et donc un peu énervé, je la laissais seule pour « méditer » sur mes remarques. Con que je suis…

Réfugié dans la pièce d’à côté, j’entendis monter des sanglots. Revenant vers elle, je la trouvais enfouie sous une couverrure, pleurant à chaudes larmes et répétant comme une litanie que personne ne l’aimait, et que son papa non plus puiqu’il était parti de la maison.

J’ai craqué. Parce que ces phrases je les prononçais moi aussi, enfant alors sans père, pensant que celui-ci ne m’aimait pas et m’avait rejeté – ce qui n’était bien entendu pas le cas. Ma Juju qui me ressemble tant, physiquement et de caractère, je l’ai « vue » soudainement seule, abandonnée par ce père absent même lorsqu’il était (rarement) là, voyant les papas des autres et les enviant, turbulante pour attirer l’attention tout en construisant un monde intérieur, un monde secret fait d’angoisses et de solitude. Un autre monde, une tombe, comme moi.

J’ai eu honte de ce que j’avais infligé à ma fille, choisissant d’être salaud avec elle, sa soeur et sa maman, plûtôt que de l’être avec cette illusion dont je n’étais qu’un pis-aller en attendant « mieux ». Quand la culpabilité même d’exister vous ronge, on fait du mal à ceux qui vous aiment vraiment et ne vous jugent jamais… par peur peur d’en faire à ceux qui finalement n’ont que mépris pour vous.

Allez, relax quand même: ce fut quand même une très belle journée, pour plein de belles raisons et plein de belles choses ! Ne serait-ce que parce que j’ai deux filles qui m’aiment, malgré tout.

Bonne soirée ! 

Publicités

~ par nrs sur 27 février 2008.

4 Réponses to “Larmes nocturnes”

  1. Bonsoir,

    Sublime texte ! Juju, on a envie de la câliner oui et en même temps, on se sent tellement impuissant à lui expliquer la vie d’aujourd’hui…
    Les enfants sont les victimes de notre vie moderne. Mais je voudrais vous rassurer.
    J’ai connu la même chose pour mes 3 enfants, plus de papa trés tôt dans leur vie. Tout est dans l’art de leur parler. Maman doit être heureuse pour que les enfants le soient … pas évident pour elle, peut être. Mais n’oublions jamais que nos enfants sont nos éponges !

    Quant à la culpabilité, je la découvre pour la première de la part d’un homme !
    C’est mieux que la mauvaise foi !

    Pomme

  2. Mmm.. si vous saviez chère Pomme comme j’aimerai ne plus époruver cette culpabilité issue de ma propre enfance, parce qu’elle ne fait faire que des bêtises finalement. Rester dans la culpabilité, c’est mal donner à ceux que j’aime, donc mes enfants.

    Paradoxal ? Non: reconnaître ses erreurs, ce n’est pas se condamner à une mort lent. La vie doit être la plus forte. Mais je suis encore loin du surhomme de Nietsche ! Mais j’avance, j’avance… et il est donc normal qu’il y ait des copups de blues.

    Nick

  3. Oh que je me doute ! évidemment qu’on voudrait ne pas culpabiliser, pour quoi que ce soit d’ailleurs … et pourtant si nous faisons des erreurs, c’est tout simplement parce que nous sommes des êtres humains. Vos parents en ont faites, vous en faites, j’en fais… et vous le dites ! alors… un pas de géant a été fait pour vous !
    Quand je vous disais découvrir la culpabilité, c’est simplement au regard de ces hommes qui ont traversé ma vie et qui n’en ont absolument pas.
    Il est beaucoup plus simple pour eux, semble-t-il, de me renvoyer tel un miroir leur culpabilité.
    Mais… il est des miroirs qui ne réfléchissent pas …

    Les coups de blues sont les creux qui nous permettent de nous ressourcer pour mieux repartir ! j’en sais quelque chose aussi ! et je suis comme vous, j’avance, j’avance ! ;o)

    Un conseil ? parlez à votre Juju qui a besoin d’entendre tant de choses… qui la rassureront.
    Le langage des adultes est trés bien perçu par les enfants, lorsqu’il vient du coeur.

    Vos messages m’interpellent, notamment quand vous parlez de l’enfant qui n’a pas grandi. Nous, les femmes, avons tellement besoin d’entendre ça un jour ! wouah !

    J’ai coutume de dire, que l’homme ne devient mature, rassurant, que lorsqu’il approche de la cinquantaine, pour une raison toute simple : il prend conscience du temps qui passe.
    La femme sait ça depuis qu’elle est jeune fille car elle est rythmée par la nature.
    On ne peut donc pas vous en vouloir. Mais que ça fait du bien de savoir que certains hommes s’en rendent compte !

    Pomme

  4. “C’est au quotidien, dans les remarques et les injonctions que lui adressent ses parents, que l’enfant prend ses marques et se fait progressivement une idée de ce qu’il est. La pluspart du temps, il doit composer avec l’image de lui que se forgent ses parents. Nous avons tous fait l’objet de ces “paroles pétrifiantes”: “Tu n’es qu’un égoîste”; “Qu’est-ce que tu veux, tu ne seras jamais bon en maths”; “Tu n’arriveras jamais à rien”. Répétés régulièrement, ces jugements sans appel fabriquent des enfants enfermés dans la condamnation. Et la petite phrase empoisonnée prend valeur de prophétie. Par loyauté, l’enfant préfère obéir à l’injonction parentale et consacrer son énergie à réaliser un projet de vie qui ne lui appartient pas. Bien entendu, rares sont les pères ou les mères qui lancent directement à leur enfant:: “sans toi ma vie aurait été meilleure”. Mais certains peuvent avouer: “Si tu n’étais pas né, j’aurais quitté ta mère”, ou “J’ai refusé de nombreux postes intéressants parce que je devais vous élever”… En captant ces messages, l’enfant peut développer une culpabilité qui va le conduire à se conformer à l’idéal du parent. Même s’il doit, pour cela, s’éloigner de sa vérité profonde.” (Gérard Sévérin)

    Par l’emploi de certains mots “polluants” on peut “conformer” et “faire s’éloigner de sa vérité profonde” tout être sensible à ce qu’il est et représente.

    La désintoxication du conditionnement social, commencerai donc par le moyen à décontaminer nos propos…

    Apprendre à parler, à établir un vrai dialogue avec son enfant dès le début de sa vie est une démarche. Prendre conscience de ces phrases toutes faites, héritées de nos parents, de ces comportements dont nous nous sommes faits les portes-parole…

    La plupart des refrains verbaux polluants que nous utilisons pour élever nos héritiers font partie du paysage sociétal et audiovisuel. Ils trouvent aussi leur source dans nos propres souvenirs d’enfance.

    Ne les remettons plus en scène …

    Les mots ne peuvent pas tout mais ils peuvent beaucoup…

    Hercule

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :